SOLDATS LESBIENS
POLIDORE , sortant du tombeau, et poursuivi par les soldais Lâches ! je vendrai cher...
(Rhanmès le désarme, et fait tomber ton rocqae.)
-ACTE IV, SCENE V. n,^
Mon père I
é MA.
Polidore !
POLIDORE, tranquillement à RLaninès.
Il te manque un forfait, puisque je vis encore.
ZELMiRE,se jetant à ses pieds.
Ahl qu'ai-je fait?
POLIDORE, TcniLrassant.
Le sort nous a perdus tous deux,
Eh! c'est moi qui vous perds. Ce parricide affreux Reproclié tant de fois à mon ame innocente, Le voilà consoramé par ma crainte imprudente .'
rOLlDORE.
Que dis-tu? quoi! loncceurptut l'imj)n1er ma mort? Le mien pour te sauver revoloit sur ce bord...
Et moi , qui vous croyois éloigné de notre isle , Moi-même à vos bourreaux j'ai montré votre asile. En vain un dieu propice aveu^loit lïur courroux, J'ai porté votre tète au-devant de leurs coups ; Je répands parleurs mains lesancf qui m'a /ait naître • Je naquis pour le crime , et j abhorre mon être.
( aux s ildals , avec égarement. ) Cruels! tournez sur moi toute votre fureur; Vengez le ciel , la terre , à qui je fais horreur. R H A M >- È «.
(à part.) Gardes... ! vous vous troublez? et moi-même... àh î
peut-être Tout rebelle en effet tremble devant son maître.
( haut. ) Que fais-je? moi, trembler! Qu'on l'enchaîne.
Arrêtez.
lao ZELMIRE.
Inhumains ! songez- vous sur qui vous attentez? Ç avec véliémeuce , parlant tantôt aux soldats, tantôt à Rhamnès. ) Regardez ce héros dont l'amour vous fut chère , Autrefois votre dieu, mais toujours votre père: Quand vous le proscriviez, il plaignoit voserreur«. Azor, en vous trompant, lui fit perdre vos coeurs; Le ciel punit Azor. Ce ciel , qui fut mon guide , Voulut vous épargner l'horreur d'un parricide : C'est pour voir de Leshos l'attentat réparé , Qu'il permet qu'à vous seuls votre roi soit livré. O Lesbiens ! le sang qu'on puise en ma patrie. Des Thraces, nos tyrans, n'a point la barbarie. Ces farouches mortels ont endurci vos mœurs ; Mais l'humanité sainte est au fond de vos cœurs. Sans doute elle y gémit , écoutez son murmure ; Que le remords s'éveille aux cris de la nature! Mon père , ses malheurs , son âge , dont l'aspect Adoucit la colère, et la force au respect ; "Votre foi, vos serments, mon désespoir, mes larmes; Ah ! tout doit à ses pieds faire tomber vos armes. POLIDORE , qui, pendant le reste de la scène , s'est appu>é
sur la colonne du lemple, se relevé avec fierté. Est-ce à nous d'implorer ceux qi*i nous ont trahis ? Qu'ils écoutent leurs cœurs , s'ils sont encor mes fils : S'ils sont mes assassins , tu t'avilis toi-même. Vois, malgré ta douleur, vois mon bonhvur extrême ; Pour toi je viens donner ce sang que je te doi,
( en Tenibrassant. ) Que mon trépas m'est cher! il m'acquitte vers toi.
Soldats, près d'Anténor que tous deux on lesmeue.
f lei soldats s'avancent leuleiuent , et s'arrêtent.) ZELMIRE.
hliai'.tr.ès... voi.i leur pitié t'obéir avec peine.
AC IK 1 V, SCENE V. i,.i
Ecoute.
( elle le prend à part, et lui parle à mi-Toix. \ Un rang illustre a flatté tes souhaits; iNîais tu n'as point vieilli sous le joug des forfaits. L'exemple d'Antënor, ses succès détestables, Auront pu l'enlrainer sur ses traces coupables. Quelque prix qu'à tes vœux sa faveur puisse offrir, Ferons-nous moins pour toi, si tu veux nous servir : Epure ta grandeur, et la rends légitime ; Obtiens par la vertu ce que tu dois au crime. ( à son père , avec éclat. ) (à Rhaninè'. ) Seigneur, il s'attendrit. J'embrasse tes genoux! Songe à tous tes serments, remplis-les, venge-nons ; ïu juras d'immoler l'assassin de mon frère, C'est... dieux! ce monstre apj)roche.