ACTE I, SCENE III
J'ai donc un fils encore à donner à mon roi !
A I.I EN o R.
Dieu ! l'admiration a suspendu mes larmes.
O cœur vraiment François I ô transport plein de
charmes !
Quand Vienne me quittoit pour ses devoirs cruels , Vous remplissiez vers moi ses devoirs paternels : Je le revois toujours dans votre ame intrépide ; Quel cœur auprès de vous peut être encor timide?
s AIXT-PIE RRE.
Je cours sur les remparts recueillir nos débris.
A LI É N o R.
Demeurez. C'est un soin qu'Aurele a déjà pris. L'Anglois est retiré ; son camp paroit tranquille ; Tout est en sûreté sur les murs de la ville. Mais du sort de mon père il faut nous occuper : Au courroux du vainqueur pourra-t-il échapper ? Pour savoir ses destins , ma frayeur et mon zèle Députent vers l'Anglois un écuyer iidele : Pardonnez : ses périls , présents à mes douleurs , Ebranlent mon courage et m'arrachent des pleurs. Vous le voyez, hélas .' sage et brave Saint-Pierre Edouard , peu content du trône d'Angleterre , Veut encor dans Paris hériter de nos rois : De sa mère avec faste il réclame les droits : Valois même à ses yeux n'est qu'un prince rebelle... S'il va punir mon père en sujet infidèle.''
SAINT-PIERRE
Edouard des François cherche à gagner les cœurs ,
Et non à les aigrir par d'injustes rigueurs.
Mais , si de son courroux la prompte violence
Peut sur la politique emporter la balance ,
Le jeune Harcourt, qui brille entre ses favoris ,
Harcourt , que votre père éleva comme un fils ;
Lui qui , formant l'espoir du plus tendre hymcnée,
Vit à sa noble ardeur votre main destinée,
Lui, Fauteur de \os maux au'il plaint au fond du
cœur.
Saura fléchir ce roi , que lui seul rend vainqueur.
Ali ! c'est le seul François parjure à son vrai maître. Que j'aurois à rougir des bienfaits de ce traîtrt^ 1 Son nom est mon opprobre ; et ses perlldes mains Ont brisé , dès long-temps , tous les nœuds les plus
saints :
Il outragea Tamour... l'amour qui parle encore Pour l'ingrat qui l'oublie et qui le déshonore. Quand j'acceptai son cœur, il méritoit le mien: L'atlrait de ses vertus fut mon premier lien : Mes feux n'empruntoient pas ces ombres du mystère y Des coupables amours refuge nécessaire : Dans la simplicité d'une innocente ardeur On ose à l'univers avouer son vainqueur. Soit que dans les tournois, école de la gloire . Il fit le noble essai des jeux de la victoire ; Soit que son bras , vengeur des Chrétiens avilis , Abattit le croissant et relevât les lis ; Mes chiffres , mes couleurs ornoient toujours ses
armes ; Toujours il crut son sang trop payé par mes larmes; Ah ! ce sang étoit pur. En plaignant son malheur, L'amour étoit du moins consolé par l'honneur: Mais il me faut pleurer, dans son triomphe impie. Des exploits dont l'éclat augmente l'infamie.