‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 131 sur 361 · ACTE r, SCENE VI. i · texte numérisé non relu

ACTE r, SCENE VI. i

Faisons-nous un bûcher de la patrie en cendre. Songez que cette nuit le vainqueur furieux Peut au premier assaut se voir maître en ces lieux : De ce peuple , épuisé par tant de funérailles, A. peine un foiljle rang couronne nos murailles : A.ttendrez-vous, amis; ainsi que dans r.cauvais , Que le soldat féroce, avide de forfaits , Sur le sein palpitant des femmes égor^^ées , Traîne vos fils sanglants, aos filles outragées ? Ah ! prévenez le crime en cédant au malheur ; Que la mort soit du moins l'asile de l'honneur. Vous verrez comme moi vos épouses fidelles Encourager vos mains heureusement cruelles Et pressant dans leurs bras leurs pères, leurs époux. Sous nos toits enflammes s'élancer avec vous. Qu'Edouard n'ait conquis, dans une année entière. Qu'un stérile monceau de cendre et de poussière ; Que le parjure Harcourt , confus , désespéré , Reconnoisse les coeurs dont il s'est séparé ; Qu'il en meure de honte : et que mon dh^ue pcre Me pleure en m'admirant... comme il pleura mon

frère.

Enfin , qu'au sein des feux qui vont nous dévorer. Où notre gloire encor va se voir épurer , Nous puissions dire au moins que , sans changer de

maître, '^

Cessant d être François, Calais a cessé d'être.

O noble emportement ! désespoir de l'honneur. Qui ranime mes sens et passe dans mon cœur ! Oui , d'un œil inquiet la France nous contemple. Et son sort désormais dépend de notre exemple : Il faut , pour relever ses peuples abattus , Hors du terme commun leur montrer des veftus. Pour chasser de nr>s bords c? vaillant insulaire ,

i54 LE SIEGE DE CALAIS.

Pour ravir notre sceptre à sa race étrangère, Prouvons-lui que son bras peut nous anéantir. Peut nous réduire en poudre et non nous asservir. L'Anglois nous envîra nos sépulcres de flamme : Si d'une foible argile il affranchit son ame, S'il brave la nature et l'ose surmonter, Notre amour pour nos rois peut aussi la domter. Courons.

( il prend la maiu de son pcre et s'arrête. ) Mais je verrai, par des flammes cruelles , Dévorer cette tête et ces mains paternelles..! Je ne le verrai point , ils en frémissent tous... Plus jeune , ie saurai m'y plonger avant vous.

( il veut sortir. ) SAINT-PIERRE, Tarrêtant.

Demeure.. O mes amis ! c'est le ciel qui m'inspire : Vous vivrez. J'ai sauvé des héros que j'admire : Au monar|ue, à l'état, conservez vos grands cœurs. ( à Aliéner. )

Déclarons à l'Anglois vos projets destructeurs : Offrons d'y renoncer, de lui rendre la ville , Et l'or, et ces dépôts de richesse inutile , S'il nous laisse partir, guerriers, femmes, enfants , Et porter tous au roi nos services constants. Je conçois d'Edouard la rage frémissante... Pour sauver sa conquête, il faut qu'il y consente. Eh ! qu'importe à Philippe , en ses nobles projets , De perdre des remparts, s'il garde ses sujets:' Abandonnons pour lui, nos biens , notre patrie , Sacrifice plus grand que celui de la vie. Son malheur nous appelle auprès de ses drapeaux, Oublions nos revers dans des périls nouveaux; Qu'il remette en nos mains, aux combats exercées. Ses remparts les moins sûrs, ses villes menacées : Et qu'en nous y trouvant, les Anglois rebutés

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