‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 130 sur 361 · AURELE , CHEFS DES BOCRGEOIS · texte numérisé non relu

AURELE , CHEFS DES BOCRGEOIS

SAINT-PIERRE

Défenseurs de Calais , chefs d'uu peuple fidèle , Yûus de nos chevaliers l'envie et le modèle, Faudra-t-il , pour un temps , voir les fiers léopards A nos lis usurpés s'unir sur nos remparts ?

La seconde moisson vient de dorer nos plaines . Et de tomher encor sous des mains inhumaines , Depuis que d'Edouard Fambitieux orgueil Dans nos forts ébranlés voit toujours son écueil. La valeur des François dispute à leur prudence L'honneur de tant d'exploits et de tant de constance. Vingt fois de ses travaux comptant le dernier Jour. L'Auglois de l'autre aurore appeloit le refour ; Et par nos murs ouverts respirant le carnage , Sur leurs restes tombants méditoit son passage : Le jour reparoissoit ; et ses regards surpris Trouvoient un nouveau mur foimé des vieux dél)ris. Ses pièges destructeurs renversés sur lui-même Ce courage plus grand que son courage extrême L'ont enfin malgré lui contraint de renoncer Aux périls , aux assauts qui n'ont pu vous lasser. Il remit sa victoire à ces fléaux terribles , De l'humaine foiblesse ennemis invincibles : Nous vîmes ces fléaux , l'un par l'autre enfantés , Multiplier la mort dans ces lieux dévastés : Du ciel et des î-aisons les rigueurs meurtrières . La disette , la faim , nous ont ravi nos frères ; Et la contagion , sortant de leurs tombeaux, De ces morts sichéris fait encor nos bourreaux.

i52 LE SIEGE DE CALAIS.

Le plus -^il aliment , rebul de la misère , Mais,aux derniers abois, ressource liorrible et cîiere, De la fidélité respectable soutien , Manque à l'or prodigué du riche citoyen; Et ce fatal combat , notre unique espérance , Nous sépare à jamais des secours de la France : Tandis que cent vaisseaux , environnant ce port , Renferment avec nous l'indigence et la mort.

Si d'un peuple assiégé la dernière infortune Ne nous avoit réduits qu'à la douleur commune De céder au vainqueur vaillamment combattu , J'y pourrois avec vous résoudre ma vertu. Mais l'injuste Edouard nous ordonne le crime ; Il veut qu'en abjurant notre roi légitime , Sur le trône des lis , an mépris de nos lois , Un serment sacrilège autorise ses droits : 11 prétend recevoir ces conquêtes nouvelles Kn prince qui pardonne à des sujets rebelles. Vous ne donnerez point à nos tristes états Cet exemple honteux.,, qu'ils n'imiteroient pas : Vous n'irez point vsouiller une gloire immortelle., Le prix de tant de sang , le fruit de tant de zèle : Nous mourrons pour le roi , pour qui nous vivions

tous.

Choisissez le trépas le plus digne de vous ; Je vous laisse l'honneur de tracer la carrière , Content que ma vertu s'y montre la première.

A L I én o R.

Citoyens, j'entrevois quel effort courageux Attend , sans le prescrire , un chef si généreux. Mon père projetoit un noble sacrifice... Quel bonheur que sans lui sa fille l'accomplisse ! Ah ! j'en rends grâce au ciel. Calais fut mon berceau, Et je veux avec vous y trouver mon tombeau. Puisque votre valeur ne peut plus s'y défendre ,

Page 1