ACTE ï II, SCENE I Y
Quand des soldats vainqueurs portoieut sur r.n
pavois Le plus vaillant soldat, père de tous nos rois; D'un peuple libre et fier qui se donnoit lui-même Tel fut le premier vœu, la loi juste et suprême, Que son sceptre en tout temps aux François réservé, Jamais par d'autres mains ne put être enlevé : Et si la même loi , mais sans nous faire outrage , De ce trône à mon sexe interdit l hérila^e, C'est de peur que l'hvmen qui doit nous engager Ne couronne en nos fils les fils de l'étranger. Avant vous cette loi contre vous fut portée : Ecrite au fond des cœurs dont la voix l'a dictée , Elle s'est affermie à l'ombre des lauriers. Par trois races de rois et neuf siècles entiers. Le François dans son prince aime à trouver un frère. Qui , né fiJs de l'état , en devienne le père. L'état et le monarque à nos yeux confondus N'ont jamais diviié.nos vœux et nos tributs. De-là cet amour tendre et cette idolâtrie Qui dans le souverain adore la patrie : Sublime passion d'un peuple impétueux, De 1 empire des lis fondement vertueux ; Et qui, le distinguant par les plus nobles marques , Fait à cent souverains envier nos monarques.
EDOUARD
Vous irritez l'ardeur dont je suis enflammé.
C'est moi qu'à cet excès j'aurois dû voir aimé ,
Peuple ingrat... ! IMai.s il faut que ta haine fléchisse .
Ou que, juste à la fin, la mienne t'en punisse.
Choisissez à l'instant les dons de ma bont*",
Ou l'immuable arrêt de ma sévérité.
Du sang qui va couler je vous rends responsable.
Si vous ne dépouillez cette fierté coupable ,
Cette fausse vertu, ce préjugé des lois .
Oui traite en étranger le pur sang de vos rois ;
i8o LE SIEGE DE CALAIS.
Vous livrez à la raort ces citoyens rebelles Dout vous pouviez sauver les têtes criminelles : L'honneur de conquérir et x^otre père et vous M'alloit faire pour eux oublier mon courroux.
A t, I t NOK.
.Te le vois à regret, seigneur, la renommée Vous peint fidèlement à l'Europe alarmée : Autant vous dtpJoyez de grâce et de douceur Quand d'un sujet utile il faut gagner le cœur, Autant vous vous armez d'une haine terrible Pour celui que vos dons trouvent incorruptible. Mais je ne peux changer. Ces braves citoyens , Qui mourant pour l'état en sont les vrais soutiens , Savent qu'à leur grand cœur mon ame porte envie ; Et ma gloire n'est point la rançon de leur vie. Plus qu'eux même, il est vrai, leur mort me fait
frémir...
Je verrai leur courage : il pourra m'affermir.
jÉ D G U A R D .
Vous les immolez dono par votre orgueil barbare. Gariles... que sans tarder l'échafaud se prépare.