ACTE II, SCENE II
Ce n'est pas d'un amant dont la bouche imprudente , D'un seul mot , aux bourreaux livreroit son amante. Un intérêt si cher vous répond de ma foi... Mais non du meurtre affreux où je cours malgré moi. Comment répondre, hélasl des transports de ma rage ? Je veux frapper Titus dans ces moments d'orage: Mais , peut-être arrêté par un calme soudain , Le fer déjà levé tombera de ma main.
Oui ; même en cet instant je sens que je frissonne. Et l'horreur de mon crime à vos yeux m'environne : A combien de devoirs mes feux m'ont arraché ! Dès ma première enfance à Titus attaché, Dépositaire heureux de cette ame si belle , Tons mes jours sont marqués d'une faveur nouvelle ; Depuis plus de quinze ans je n'ai pas le loisir D'espérer un bienlait , de former un désir. Yotre haine du moins n'accable en lui qu'un maître ; Mais moi , je suis cent fois plus ingrat et plus traitre : J'arme contre un ami ma parricide main, Même à mon bienfaiteur je déchire le sein ! O noirceur exécrable....' O céleste vengeance .' Déjà par mes remords tu me punis d'aA ance .'
L E N T t: li r s.
Un mortel qui du monde ose changer le sort , Doit laisser au vulgaire un timide remord. Ses veux toujours fixes au bout de la carrière IN e vont point . près du but , regarder en arrière : Libre d'un joug honteux pour le foible intente. Son cœur né pour la gloire est vers elle emporté : Il suit aveuglément cette voix qui l'appelle; S'il est ferme , il triomphe ; il tombe , s'il chancelle. Moi-même an premier pas je fus épouvanté ; J'ai poursuivi , seigneur ; le remords est domté. Titus a des vertus que peut-être j'admire ; Mais les écouta-t-il en mont.mt à l'empire? Sur un trône fermé du débris de nos lois.
20 TITUS
De dix usurpatetirs il usurpa les droits.
J'ai son ambition avec plus de courage:
Que de nos propres mains nos grandeurs soient
l'ouvrage!
Ah! quel que soit le sang qu'il doive nous coûter, Un trône... un trône, ami . peut-il trop s'acheter.** Quiconque ose y monter s'y place à juste titre ; Des sceptres et des lois la force est seule arbitre. Quoi ! des vertus d'un maitre aveugle adorateur, "Vous vous laissez surprendre à ce charme imposteur? Les vertus des tyrans ne sont qu'un art coupable Qui rend leur joug plus doux pour qu'il soit plus
durable ; Et qui, couvrant de fleurs la honte de leurs fers, Pour le mieux enchaîner éblouit l'univers.
s E XTU s.
Ah ! c'est par ses bontés que Titus nous enchaîne ! Que vous êtes heureux , vous qu'aveugle la haine, Dont la gloire a séduit l'esprit ambitieux! Mais leur flatteuse erreur ne ferme point mes yeux ; Mon cœur me crie encor sur le bord de l'abirae, Qu'un trône est trop payé quand il nous coûte un
crime.
Deux mortels ont-ils droit de ravir â Tîtus Un sceptre que la terre accorde à ses vertus .'' Eh ! ne vient-elle pas de le clioisir pour maître En demandant aux dieux qu'il ait I ong-teaips à l'être .** Fùt-iJ usurpateur, cet unanime choix, Ce vœu de l'univers légitime ses droits. Que dis-je?Il n'est pas maitre; il affranchit le Tibre, Jadis sous ses consuls Rome se vit moins libre ; Titus ne règne pas , il fait régner les lois ; Et sous leur j oug heureux nous sommes tous nos rois. Lui seul est en ces lieux esclave de son trône , Lui seul ne j cuit pas du bonheur qu'il nous donne : II assure de tous les biens et le repos,