SCENE II
AVOGARE, BAYARD.
B AY AR D
Avogare, quel sort menace notre armée .' Au cœur de l'Italie on la tient enfermée. Pour comper la retraite à nos François trahis , De Bresse , en un moment , les remparts envahis De "Venise et de Rome ont reçu les cohortes. Quelle infidèle main leur a livré vos portes?
AVO GARE
On l'ignore, seigneur.
BAYA RD
Mais le brave Durfort Croit qu'un traître inconnu l'a suivi dans ce fort. Jugez des sentiments dont mon ame est atteinte; Pour Euphémie et vous je connoitrai la crainte. Sans le revers fatal qui nous presse en ce jour, J'allois hâter Ihymen promis à mon amour. Ces nœuds ou mon devoir,ou mon penchant me livre; Ces nœuds par qui l'Etat m'ordonne de revivre. Depuis que votre fille a captivé mon cœur. Le sien est la conquête où prétend ma valeur ;
xo GASTON ET BATARD. .
De tons nos chevaliers telle est la loi chérie. Quand Charles, ce grand roi, foudre de l'Italie, Qui de Suze au Sardo vainquit en se montrant, De l'honneur à mes vœux daignoit ouvrir le champ : « De la beauté , dit-il , va mériter l'hommage ; « L'amour dans un grand cœur sait doubler le cou-
« rage. »
J'ai suivi ses leçons, j'ai servi la beauté. Mais nul objet en moi n'avoit encor porté Cette ardeur inquiette, active, impatiente , Ce désordre qui plait , ce plaisir qui tourmente , Ces transports qu'on ne sent dan» son cœur étonné Qu'en rencontrant le cœur qui nous fut destiné Quoi .' dans ces jours plus douxoù mùritla jeunesse, Euphémie à mes sens inspira cette ivresse ! Ah ! je mourrois heureux , armé pour son secours! Elle me rend plus chers les périls où je cours : Mourir pour ce qu'on aime , en servant la patrie , C'est la plus digne fin de la plus belle vie.
AVO GARE
Bayard , dans nos malheurs j'entrevois quelque
espoir; Et, quand le duc d'Urbin s'empresse pour vous voii-. Ce n'est pas annoncer un projet ordinaire : On connoît à quel point Rome vous considère. Quels que soient ses desseins,je vous l'ai dit,seigneur, C'est à vous pour jamais que s'est voué mon cœur; Avogare vous aime avant d'aimer la France ; Ma fortune , ma vie est en votre puissance , Soyez maître: ordonnez de ma fille et de moi... Mais que nous eut 'Alegre?