‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 190 sur 361 · ACTE I, SCENE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. i

Dieu dit à tout sujet, quand il lui donne l'être : « Sers , pour me bien servir, ta patrie et ton maître ; « Sur la terre à ton roi j'ai remis mon pouvoir : a Yivre et mourir pour lui , c'est ton premier devoir ». En rappelant nos coeurs à cette loi suprême , Un pontife devient l'orgaue de Dieu même; Mais, seigneur, quand sa voix combat l 'ordre du ciel , C'est l'bomme alors qui parle , et l'bomme criminel . En vain d'un rang sacré Jule exalte l'empire, Lui qui, soufflant par-tout la fureur qui l'inspire. Du pied des saints autels embrase l'univers; Lui, dont le front blancbi par quatre-vingts hivers , Etale dans un camp le mélange bizarre De l'airain des guerriers au lin de la tiare; Qui dans IVIirande eniin vint lui-même assiéger, Dépouiller l'orphelia qu'il devoit protéger. Ne croyez pas pourtant que mon erreur sinistre Rejette sur l'autel l'opprobre du ministre : Dépend-il en effet des vices d'un mortel De dégrader le nom , les droits de l'Eternel ? Sont-ils moins saints pour nous, quand Jule les

profane .•' Le crime avilit-il la loi qui le condamne? Je sépare deux noms qu'on veut associer ; Je révère un pontife ,et combats un guerrier. Quant à Maximiiien, que ponrrois-je en attendre.** Il ne séduiroit pas un cœur fait pour se vendre. Ferdinand s'applaudit alors qu'il trompe un roi : Est-ce avec un soldat qu'il garderoit sa foi? Pour Venise , il est vrai , j'estime son courage ; Surprise par la foudre, .elle a bravé l'orage; Au sénat des Romains jaloux de ressembler, Son sénat vit sa perte, et sut n'en point trembler; Entre ses ennemis sa politique habile Sema par l'intérêt une discorde utile; De ce Jule, autrefois son ardent oppre.'secr, DE r.ELLOI." 2. I

î4 GASTON ET P.AYÂRD.

Venise maintenant se fait un défenseur,^ Et sait contre Louis armer pour sa querelle Tous les rois qui d'abord arraoient Louis contre elle. Mais l'Europe verra leînonarque français Trahi par ses égaux , et non par ses sujets. Vous connoissez ce roi si digne de son trône : Qu'il a des droilsstir nous, sans ceux de sa couronne ! L'aîii our, jusqu'au transport , naît à son doux aspect ; Jamais jusqu'à la crainte ou ne sent le respect; Cœur intrépiJe et tendre, ame simple et sublime , Bienfaiteur de la terre , et guerrier magnanime , Il défend les états qu'il tient de ses aieux : Mais il est né trop grand pour être ambitieux. Jule a pu soupçonner ce généreux systêjue ; On doute des vertus qu'on n'auroit pas soi-même ; On croit que Louis veut tout ce qu'il peut vouloir, Qu'un roi règle toujours ses droits sur son pouvoir. Un monai que , un François refuser la victoire ! Je pardonne aux mortels d'être lents à le croire. Vous , qui sous d'autres rois voulez me voir servir. Vous choisiriez le mien si vous pouviez choisir.

U RB IN.

J'admire votre maître et ses vertus augustes ; Ses froideurs envers vous n'en sont pas moins injustes.

Pour tant d'autres guerriers s'ouvrant de toute part , Sa main semble toujours s'écarter de Bayard. Et quel est, dites-moi, le prix de vos services?

B A YAR D

Eux-mêmes. Je sais voir, en dédaignant leurs vices, Des guerriers courtisans disputer les faveurs , Mendier les trésors même avant les honneurs; Et, toujours mécontents des grâces qu'ils reçoivent^ Vendre à leur souverràn des talents qu'ilslui doivent. Si Louis donne enfin à l'importunité ile que la vertu simple avoit mieux mérite:

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