ACTE I, SCENE IV. i
PouT*çarder à l'Etat ses appuis nécessaires ,
Des cœurs intéressés les rois sont tributaires;
Il faut qu'en les plaignant leurs plus dignes sujets
Laissent au plus avide emporter les bienfaits :
Et j'aime mieux, seigneur, qu'on dise avec justice :
<t Louis doit à Bayard le prix d'un long service » ;
Que si la France et vous en secret murmuriez
De voir, des biens publics , mes exploits trop payés.
( avec plus de chaleur. )
Mais ,que dis-je ? à mon choix Louis me récompense ;
Dès qu'il voit un laurier, il l'offre à ma vaillance ;
Dès que pour la patrie il craint quelque hasard ,
Le poste du péril est celui de Bayard;
Il me met le premier sous l'aile de la gloire.
Il veut tenir de moi sa première victoire :
Son jeune successeur, ce généreux Valois,
Qui soupire en secret au bruit de nos exploits ,
Dans les armes déjà m'a choisi pour son père ;
Il veut qu'arbitre un jour de sa vertu guerrière
TJn sujet donne aux rois le sceau de la valeur.
Où sont les dignités qui valent cet honneur.''
U RB I N.
Pourquoi donc, aujourd'hui que la France en alarmes Voit tant de rois ligués l'accabler de leurs armes, Louis vous ravit-il ces moissons de lauriers.'* Pourquoi nommer Gaston le chef de vos guerriers ? A combattre sous lui pouvez- vous vous contraindre ? N'en rougissez-vous pas ?
B AYA R D
Je n'ai point à me plaindre; Frère du roi d'Espagne , et neveu de mon roi, Nemours n'est-il pas né pour commander sur moi ?
tJ R B IN.
Mais sa jeunesse extrême...
BAYARD
Eh ! que fait sa jeunesse
i6 GASTON ET BATARD.
Lorsque de l'âge mùr je lui vois la sagesse? Profond dans ses desseins , qu'il trace avec froideur, C'est pour les accomplir qu'il garde sou ardeur; Il sait défendre un camp et forcer des murailles. Comme un jeune soldat désirant les batailles , Comme un vieux général il sait les éviter; Je me plais à le suivre, et même à l'imiter; J'admire sa prudence , et j'aime son courage, Avec ces deux vertus un guerrier n'a point d'âge.
U R E I N , se levant.
Bayard peut commander, et Bayard veut servir ! Tout le fruit de mon zèle est donc un repentir .'*
BAYARD, qui s'est levé en même temps.
Non. Je vais de mon sort vous faire ici l'arbitre.
u R B I N , surpris.
Moi.?
B AYAR D.
Nous nous estimons , seigneur à plus d'un titre. Parlez vrai. Si raa foi cédoit à vos discours , Serois-je en votre cœur ce que j'y fus toujours.'
u R B î K , après un moment de réflexion. .1 e t'imite , Bayard , et j e te parle en homme ; Non plus en courtisan du monarque de Rome : J'allois , si par mes soins il t'avoit corrompu, Applaudir son bonheur, et pleurer ta vertu.
BAYARD, FemLiassant.
Va , le frère chéri que m'ont donné les armes, Ne versera sur moi que d'honorables larmes.
u R B I N , atfectueusement.
Tu veux que j'en répande, et tu m'en vois frémir. Est-ce en jeune insensé qu'ici tu dois périr .•* En comptant sur Nemours ta sagesse est trompée. D'épais et longs frimas la terre détrempée, Tant de marais profonds, de fleuves débordés, Par nos fiers Albanois défendus et gardés, Opposent à sa marche une sure barrière :