‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 203 sur 361 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Mais que vois-je? vos yeux semblent mouillés de pleurs.

E U P H E :kl I F. .

Prince, ce jour de gloire est un jour de douleurs. Mon père, ses dangeis... les vôtres... ma patrie...! Tout jette la terreur dans mon ame attendrie.

La terreur ! quand Nemours , traversant tant détats , Vengeur de deux cités, vainqueur dans trois combats, Domte en si peu de jours, par un talent suprême , Et tout l'art des humains, et la nature même l Grâce à leur nouveau chef, qui linit leur malheur ! La gloire des François égale leur valeur: Ils craignoientpour31ilan,.Tule tremble pour Rome :

( en moutrant Gaston. ) Et c'est la même armée , on n'y changea qu'un homme.

GASTON

Cethomme à son bonheur doitbienplus qu'àson art; Avec de tels guerriers que n'eût point fait Bayard ?

B A Y A R D , vivement.

Moi ! Vos huit derniers jours valent ma vie entière. Votre marche savante est un coup de lumière Qui montre un art nouveau que vous seul possédiez : Je mesurois l'obstacle, et vous le surmontiez.

GASTON, à Bavard.

J'ai dû mon vol rapide à mes rigueurs utiles ; J 'ai banni de mon camp ce vain luxe des villes , Qui, retardant toujours la course des héros, AmoUissoit des bras formés pour les travaux; A ces mâles guerriers peu jaloux de leurs charmes , Le luxe que j'ordonne est l'éclat de leurs armes. ( aux chevaliers. )

Amis, pour peu d'instants suspendons le combat ; Quatre heures suffiront aux besoins du soldat. Je veux dans Bresse même assaillir cette armée

3o GASTON ET BAYARD.

A l'ouibre de ces tours lâchement renfermée ,

Qui devroit , déployant ses bataillons nombreux,

Pi'es.ser ma foible troupe, et l'écraser entre eux;

Ce prodige nouveau doit tenter ma vaillance:

Aux exploits de Fornoue accoutumons la France;

Cbarle y brava l'effort de trois puissants états,

Et fît plus de captifs qu'il n'avoit de soldais,

( avec une joie douce. )

Chevaliers, je réclame une autre loi chérie :

On plait à la beauté quand on sert la patrie.

Voyons avec éclat qui de nous en ce jour

Saura ,par plus d'honneur, mériter plus d'amour.

( vivement en montrant Eu|ilicraie. )

Voilà le digne objet de ma flamme fidèle ,

D'une ardeur que Louis permet que je révèle :

Dès long-temps mon hommage a su plaire à ses yeux...

BAYARD, à part.

CieU

G A s T o N , jjIus vivement.

Si ce jour peut voir mon front victorieux , Demain je veux unir, dans Bresse encor sanglante , A sa main vertueuse une main trioraphaate ; Et dans Naples bientôt la guidant avec vous, Pour la mieux mériter, couronner son époux.

BAYARD

Son époux! Vous, seigneur.^

GASTON

D'où naît votre surprise.''

BAYA RD

Vous connoissez Bayard , et quelle est sa franchise; Prince, j'aime Eu])hémie , et l'aime avec fureur.

G A s T O lî , avec douleur.

Quî.-* vous, me l'enlever.'' C'est m'arracher le cœur.

BAYARD, avec passion , mais sans éclat. Ah ; qui veut me l'oter, me doit ôter la vie.

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