‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 23 sur 361 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Tu me laissas, cruel, einporler la douleur De n'avoir plus ma part des peines de ton cœur; Et Titus au tombeau s'est vu prêt à descendre Sachant que tous tes pleurs n'étoient pas pour sa

cendre.

Mais, rpiand je m'applaudis de revivre pour- toi , Mais, dans ce jour de grâce où tout s' ('meut pour moi , Ai-je indiscrètement hasardé l'espérance De voir entre mes bras fléchir ta résistance? D'où vient que tes secrets se cachent à ma foi? Me crois-tu donc, Sextus, moins fidèle que toi? Je peux encor trouAcr dans ma grandeur suprême Quelque soulagement aux pleurs de ceux que j'aime. Isiou ami seroit-il le seul iniortuué Qu'à ne consoler pas le ciel m'eût condamné? ( Sextus paroît agité el attendri. ^ Parle , à ton cœur ému ne fais point violence ; Si , malgré les efforts de ma toute-puissance , Tes maux sont sans remède; apprends que l'amitié Peut, en les j^artageant, t'en ôter la moitié. Mais pourquoi ces sanglots , ces regards pleins

d'alarmes?

Pourquoi prendre mes mains et les tremper de larmes?

SEXTUS

Ah î quand j'en verserois des torrents à vos pieds , Mes crimes envers vous seroient-ils expiés ? Cet exce.s de bonté , qui les accroît encore , Comble le désespoir d'uu ingrat qui s'abhorre. Je sens mon cœur percé s'ouvrir de toute part , Chaque mot, à longs coups , y plonge le poignard.

TITUS

Que dis-tu? Ta douleur, Sextus, est trop amere : Si lamitie reproche une offense légère, Sensible pour un cœur qui s'est cru moins chéri , On a tout réparé quand on s'est attendri. Permets-moi d'achever cet aveu si pénible.

28 TITUS

L'amour soumet ton cœur à son pouvoir errible.

s EX TU s.

Hélas !

TITUS

Oui , de l'amour je te vois les douleurs ; Mes yeux ont trop appris à connoître ses pleurs^ Ami , je trouve en toi ma triste ressemblance; Tu m'as vu ta langueur, ta morne indifférence ; J'étois même insensible au bonbeur de régner, Et d'avoir cbaque jour tant de cœurs à gaguer. Sexlus me doit pourtant rendre cette justice ; Quelquefois près de lui j'oubliois Bérénice ; Ou mes larmes au moins , s'épanchant dans ton sein , Perdoient leur amertume et sécboient sous ta main. Pour fléchir la beauté rebelle à ta constance , L'ambition peut-être aura quelque puissance : De la terre, après moi, sois encor le premier. Avec toi des Césars je ceindrois le laurier, Si mon frère, avili par cette préférence. Ne pouvoit avec droit m'en reprocher l'offense : Mais sans ces titres vains partage ma grandeur : Sous le nom de consul je te fais empereur. On m'attend. Mais bientôt près de toi je revole ; Je veux que de mes maux ton bonheur me console : Si l'amour m'a tissu d'éternelles douleurs , Par ta félicité réparons mes malheurs.

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