GASTON , BAYARD , UN VIEILLARD
GASTON, à Ba\ ard .
Euphémie , aux malheureux propice Tendit à ce vieillard une main protectrice Et de ses longs revers adoucit les regrets : Il a d'un noble prix su payer ses bienfaits • Et sur de ses vertus, par uq aveu sincère Il vint lui révéler les crimes de son père. Cest lui qui m'a tantôt envoyé par ses fils D'un double assassinat les généreux avis.
( Gaston s'assied, ) BAYARD, au Tieillard.
La probité se peint sur ton front vénérable , Et ce dehors heureux...
LE VIEILLARD
Cache un cœur bien coupable.
(^ se jetant aux pieds de Gaston. ) Ah! j'ai besoin de grâce en venant vous sauver.
GASTON
De grâce 1
LE VIEILLARD
Mes sanglots m'empêchent d'achever.
GASTON
Tu serois criminel ? et sur quelle assurance Pourrai-je à tes discours donner ma confiance ? Quel es-tu .»*
LE VIEILLARD
Pardonne/, ma honte et mes regrets :
Je ne suis qu'un Rressan, je fus jadis Français. Citoyen de Paris , mais d'obscure naissance, l'allai chercher la gJoire au sortir de l'enfance;
70 GASTON ET BAYAÎID.
Monhr.'is s'est signalé , lorsqu'aux mars de Boauvais Une femme a Yaincu le Flamand et l'Anglois : Mais un service ingrat, sous un roi trop austère. Tourna vers l'étranger ma jeunesse légère. De climats en climats j'errai pendant dix ans: Kt depuis trente hivers fixé chez les Bressans, Ainsi que tout François privé de sa patrie, Je l'appelle en pleurant chaque jour de ma vie.
Eh ! que n'y rentrois-tu, ramené par l'honneur?
T. E VIEILLARD, lui pcu rapi.lpniciit. J'ai comhattu contre elle, et je lui fais horreur. F'ier de mon origine, il faut que je la cache ; La peur du châtiment et l'hymen qui m'attache Ont retenu mes pas revolants vers les lis : J'ai du moins à mon roi pu rendre mes deux fils ; Combat t.Tnts sous vos lois, et dignes de vous plaire, Ils consolent souvent la honte de leur père. Quand on entend vos noms, quand on voit vos succès, Seigneur, qu'on est honteux de n'èl re plus Français !
( avec plus de ckaleur. ) Mais... je viens vous sauver ; eh î quel guerrier fidèle, Honoré dans la France , aura plus fait pour elle .•' Ah ! ce service heureux , ce retour de ma foi , Va bientôt retentir jusqu'au cœur de mon roi.
GASTON
Qu'as-tu donc découvert?
LE VIEIIiliARD.
La trame la plus noire , Qui VOUS cache la Foudre au sein de la victoire. Dans tout le sang François brûlant de se plonger, De meurtres , cette nuit, Bresse va regorger : Oui , près du mont sacré des routes souterraines Vont ramener Pescaire et les lances romaines; Tandis que , vers le fleuve , un gros de citoyens
A'CTE V, SCEXE HT. -i
Ouvre un canal antique aux fiers Yéniticns: Dans leurs temples déjà, sans bruit et sans alaruies , Les Bressans désarmés ont repris d'autres arn)es. On parle d'un rempart qui doit être abîmé Par ce volcan nouveau sous la terre enfermé. L'Espagnol s'en promet l'effet le plus terrible. J'ignore où doit frapper ce tonnerre invisible : Mais je sais que bientôt un lâche meurtrier
( à INeniours. ) Vous y doit avec art exposer le premier ; Et, vous ouvrant soudain cette tombe enflammée , Enlever aux François l'ame de leur armée. ( C'est ainsi qu'en ces lieux on vous nomme , seigneur. ) J'ai frissonné d'effroi . Je rage et de douleur; J'ai voulu vous soustraire à ces pièges du crime. Vous voyez à mes pleurs , au zèle qui m'anime . Qu'un transfuge , accablé par les ans et les maux Toujours guerrier dans l'ame, adore les héros.
GASTON
D'où sais-tu ces secrets? par quelle intelligence?
LE VIEILLARD
Une seule ressource étoit en ma puissance.
J'ai vendu l'humble toit par ma femme habité.
Réduit de sa vieillesse °t de ma pauvreté ,
Seul fruit d'un long travail et des dons d'Euphémie,
Pour gagner un soldat de la garde ennemie.
GASTON , attendri.
Ah î Dieu /
Que de grandeur.'
GASTON
Et nous , mortels heureux , Nous croyons quelquef.is être seuls généreux .' Achevé. Saurois-tu quel autre qu'Avogare Dirige sourdement les horreurs qu'on prépare?
T.T. VIEILLARD
Non ^ prince. L'Espagnol qui m'a tout révélé N'a pu percer plus loin ce secret si voilé ; Il craint , en le sondant , de s'en voir la victime : Mais moi , seigneur, mais moi , pour vous montrer
l'abîme, Du peu que je sa vois j'ai dû vous avertir; Je cours mieux observer ce qu'il faut prévenir. Mon sang se rajeunit encor pour ma patrie. Je vois tous mes dangers et compte peu ma vie ; Quand un soldat francois au péril va s'offrir, Daigne-t-il s'informer s'il peut en revenir.'*
BAVARD, avec transport.
François , reprends ton nom.
GASTON , emLrassant le vieillard.
Oui , tu l'es... Le temps presse.
(à Bavard . ) Daignez, si je m'emporte, arrêter ma jeunesse ,• Je vais donner mon ordre. Entrez tous.
(plusieurs officiers et soldats entrent. ) Vous , Evreux Vous, d'Alegre , suivez ce vieillard courageux; Il va vous indiquer deux secrettes issues Dont il faut a l'instant saisir les avenues ; Cent guerriers bien choisis pourront y retenir Les nombreux liataillons qui voudroient en sortir: Vers l'autre extrémité, Crussol et Yendenesse, Guidez nos escadrons qui campent hors de Bresse ; Et que les ennemis par vous ne soient chargés Que lorsque sous la vonte ils seront engagés: Eux même auront rendu leurperteplus rapide.
( à deux autres chevaliers. ) Et vous, pour contenir le citoyen perfide , Que, par mille flambeaux disposés prudemment, On menace leurs toits d'un vaste embrasement. Le palais d'Avogare est encore l'asile