ACTE IV, SCENE II. iSg
Un fil.s lui demanda de mourir pour son pare : Pedre accepte l'échange et se croit généreux; Il s'en repent soudain , et les frappe tous deux. Pressez-vous maintenant de mériter ma grâce.
DOM PEDRE, furieux.
Les plus affreux tourments pour prix de tant d'audace...
Qu'on l'entraîne...
BLANCHE, eperJup.
Arrêtez. Que dois-je faire , hélas !
Souscrire à mon opprobre ? ordonner son trépas .''
( à Dom Henri.) Cruel , je l'ai prédit : nos maux sont votre ouvrage.
DOM PEDRE, à Blauclie.
Vous l'aimez, je le A^ois : vous redoublez ma rage. Il faut... tremblez enfin de mon jaloux transport . Ou me suivre à l'autel , ou le suivre à la mort.
BLANCHE, avec assurance. Ah.' tyran, ta menace a dissipé ma crainte. Oui, je l'aime: en mourant je le dis sans contrainte : Et dans tout ton pays , grâce à ta cruauté , Mon cœur seroit le seul qu'il ne l'eût point été ; Je vois que ta noirceur s'est juré son supplice. Que ton horrible hymen m'en rendroit la complice : Va , ne l'espère point : va, je saurai mourir; J'ai fait plus jusqu'ici , j'ai su vivre et souffrir. Oui, de ma fermeté je te dois l'avantage, L'habitude des maux a doublé mon courage. Peut-être ses beaux jours que je voudrois sauver M'auroient fait consentir... Je rougis d'achever.
(avec la phis grande véhémence.) Grand roi, qui , des Bourbons le père et le modèle. As reçu dans les cieux la couronne immortelle , Livreras-tu ton sang, si pur, si généreux, A l'esclave du Maure, à l'ami des Hébreux? Mon cœur seroit-il fait pour l'amant de Padille.*^
i4o PIERRE LE CRUEL.
(moutrant Dum Heuri. ) Voilà le seul époux qui mérite ta fille; C'est un hymen de sang qu'on prépare à nos vœux. Des bourreaux entre nous formeront ces saints
nœuds.
Mais , adoptés pour fils par ta voix paternelle , Ta main va nous lier d'uue chaîne éternelle ; Nos âmes , sous les coups de ce vil assassin , "Vont s'élancer vers toi pour s'unir dans ton sein. DO M PEDRE, qui , pendant les derniers vers , a parlé
bas à Dom Alvar.
Otez-la de mes yeux : allez ; qu'on les sépare : Q u'on l'enferme où j 'ai dit : laissez-moi Transtamare;
r à Blauclie. ) Tu ne le verras plus que mort et déchiré.
( à d'autres gardes. )
Et vous , que l'échafaud soit soudain préparé. BLANCHE, avant fait quelques pas et se retournant vers
Dum Henri.
Adieu : depuis cinq ans , prince , j'ai cessé d'être ; D'aujourd'hui seulement mon cœur croyoil renaître : J'ai pu vous le donner, vous nommer mon époux ; Je n'ai vécu qu'un jour, et l'ai vécu pour vous.
( on l'emmené. )
DOM HENRI, à son frère.
Ah ! respecte son sanjif : tremble , Guesclin respire. Mais du sort d'Edouard ne veux-tu pas m'inslruire.^
DOM PEDRE, à ses gardes.
Que ces chefs Navarrois sont lents à revenir l Voyez si dans Tolède ils n'ont pu le saisir.
ACTEIV, SCENE III. i4i