‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 30 sur 361 · ACTE III, SCENE III. 3J · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III. 3J

Et j'y vois l'embarras, le trouble, la tristesse !

Puis-je à mon empereur, par m-a témérité...

TITUS

Parle , à ton empereur tu dois la vérité.

LE X TU L r S.

Ah! j'en vais obtenir pour tout prix...

TITUS

Ta fortune.

La crainte , le respect...

Leur nom seul m'importune.

Malheur au souverain qui n'est que respecté I Plus raaiheuieax celui qui n'est que redoute'

Eh bien .' à cet aveu vous seul pouvez prétendre ; Quel autre souverain fut digne de l'entendre P Vus vertus, maigre moi, doivent me l'imposer: Il vous fait trop d'honneur pour vous le refuser.

TITUS

Achevé.

Quand le sceptre étoit dans ma famille , L'heureux Yitellius me destina sa fille ; Lui-même de nos cœurs forma les premiers vœux ; L'âge avec l'infortune en resserra les nœuds : Mon exil quelque temps fut près de la princesse , Et l'on m'en sépara sans m'ôter sa tendresse : Dans l'espoir d'un hymen qu'attendoit notre amour. Ses soins de vos bontés obtinrent mon retour; Mais je sais mon devoir, et quoique j en soupire, Hélas 1 votre aspect seul doit assez, m'en instruire. L'amour, cet ennemi si terrible et si doux , Nest jamais invincible ., et je l'appris de vous. J'en triomphe à mon tour, mon cœur se rend justice :

36 TITUS

Je dois à mon amante un si grand sacrifice ;

Sa gloire fait ma loi... Si nos nœuds lui sont chers ,

Que son ame s'immole au bien de l'univers.

Malheureux! étouffons une ardeur criminelle ;

Est-ce à moi de troubler cette union si belle ?

Ah .' devois-je avouer...? J'ai dû vous obéir.

Pour dernière faveur, permettez-moi de fuir,

Et me daignez, cher prince , épargner la disgrâce

De rougir plus lon^-temps de ma coupable audace.

TITUS

Demeure... Vitellie est sensible à tes feux...! Ah ! quand je l'aimerois , contraindrois-je ses vœux ? Non. Dans le choix des maux , sois sur que j e préfère La douleur d'en souffrir à la honte d'en faire. jMoi-même à son amour je veux offrir ta main ; Mais cachonS'lui l'erreur de mon premier dessein . Puisqu'il me faut choisir une épouse nouvelle, Qu'on ignore qu'une autie eut mon choix avant elle. Pour toi , par cet hymen ne crois pas couronner Des complots factieux que tu fais soupçonner.

T.ENTUT-US.

Moi, seigneur, des complots .''Qu'un si noir artifice...

TITUS

S'ils sont vrais, tu vois bien que j'en ai quelqu'indice ;

Peut-être qu'à mes yeux ils auroJent échappé :

Homme et monarque , hélas ! je dois être trompé.

Mais je veille sur toi par des amis fidèles :

JNe deviens point perfide à mes bontés nouvelles :

De mes justes rigueur* je veux te prévenir.

Je t'ai trop pardonné pour ne te point punir.

Si j imite les dieux dans leur lente vengeance ,

Comme eux je frappe enfin qui trahit ma clémence :

Je ne suis indulgent ni sévère à demi.

C'est à toi de choisir ou le juge ou l'ami.

LENTULUS

Qu* après tant de bienfaits . ô délices du monde... !

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