‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 316 sur 361 · ACTE II, SCENE I. j · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. j

Me l'a vingt fois offert , embelli par la gloire ; Mais tremblant, abattu , pâle , déiiguré , Levant de loin sur moi son œil déses[)éré ; S élançant tout-à-coup sur cette main glacée , Que ses lèvres de feu semb] oient tenir pressée ; Et , parmi des soupirs , des larmes , des sanglots , Son cœur au fond du mien fit retentir ces mots : C'est le dernier adieu. Cent fois, ma cbere I.«<aure , Ici , depuis deux ans , j'ai cru l'entendre encore ; Je vois pâlir son front et palpiter son sein ; Je sens jusqu'à ses pleurs qui coulent sur ma main : Sur-tout depuis trois mois cette image effravante , Raoul , revient sans cesse affliger ton amante : Mon cœur m'a dit l'instant qui terminoit ton sort , Il a senti ton cœur sous le fer de la mort.

Amie infortunée ! ah ! ce n'est point un songe , Où l'erreur de vos sens aujourd'hui vous replonge ; Vous avez vu l'amant si digne de vos pleurs : Prêt à quitter la France , il apprit vos douleurs : Pour ce dernier adieu , son désespoir horrible Vint hasarder ses jours dans ce palais terrible.

G ABRIE LL E.

Il vint !

I s A u RE.

Si mon effort ne l'en eut arraché , A votre main , madame , il mouroit attaché : Votre époux , surprenant sa funeste imprudence , Eût peut-être en son sang assouvi sa vengeance. Fayel sait tout , sans doute , et ses fougueux éclats , Ses reproches amers que vous n'entendiez pas...

GABRIEL LE, très tendrement.

Dernier prodige , hélas ! d'une ardeur si chérie ! C'est sa présence encor qui m'a rendu la vie. Tu perds , en me pleurant , ce jour que je te doi ,• Tu me vis expirante , et tu meurs avant moi !

i3o GABRIELLE DE VERGY.

I s A UR E.

Mais Tajel...

GABRIELLE

As-tu VU sa joie impitoyable ?

Au bruit de cette mort , son triomphe effroyable ? Comme il va s'applaudir, à travers ses fureurs , D'avoir pu découvrir la source de mes pleurs ! ( très vivement, )

Infortuné Raoul ! Ah ! douleur qui me lue ! Sans cesse de ta mort jouissant à ma vue , Je verrai mon tyran, mon cruel ravisseur, Me reprocher mes maux , dont lui seul est l'auteur. Quoi! j'outraije Fayel ' Mais m'a-t-il opprimée? Quel est son crime enfin , que de m'avoir aimée ? Est-ce à moi , qui le hais , d'accuser mon époux ? Quand le ciel me punit , quand son juste counoux Vient m' enlever l'objet de ma flamme ii;fîdelle , Ah!sachonsnousdomter,mourons moins criminelle. Mais on entre. Monlac s'avance ici vers moi î Imprudent, oses-tu....^

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