ACTE III, SCENE V
Avec tant de chrétiens mourants sous vos déljiis '. Hélas ! ces malheureux chénssoient tous la vie ; Je la hais, c'est à raoi qu'elle n'est point ravie .'
GABRIEL T. E
Modérez donc, cruel, ces ardentes fureurs, Et par pitié pour moi commandez à vos pleurs. Mais dites-moi du moins quel sujet vous amène , Et qmi vous a sauvé d'une mort si prochaine.
cou c Y.
"Vous , madame , oui , vous-même ; et j e ne dois J e j o u r Qu'à ces tendres vertus que m'enseigna l'amour. Lorsque laitier Richard, plein de ce faiatisme Dont la férocité dégrade l'héroïsme, Egorgeoit ses captifs au nom de notre foi , Je suivis vos leçons , je sauvai ceux du roi ; ■Te réclamai pour eux la loi constante et pure Que la religion reçoit de la nature.
Ma clémence eut bientôt son prix inespéré. Sans défense à mon tour aux Sarrasins livré, Mon aspect attendrit leur cruauté sauvage ; Mon nom fut mon rempart au milieu du carnage . Porté près du sultan , qui prit soin de mes [ours , Je me vis prodiguer Futile et prompt secours De cet art qui commande à l'ame fugitive , Art néglige par nous, que l'Arabe cultive, (vivement. )
Ranimé par ses soins , je me dis en secret Que l'adieu si touchant de ce fatal billet. Le bruit de mon trépas , honoré par vos larmes , Au bonheur de vous voir prét>"roit mille charmes : Cet espoir, ce désir, qui réchauffoit mes sens. Rendit des végétaux les efforis plus puissants ; EnlJn ce fier sultan, que l'ignorance abhorre , Me renvoie à mon roi qui me pleuroit encore : Tant la reconnoissance a d'invincibles droiis, Par qui l'humanité nous rappelle à ses lois !
2oa GAERIELLE DE VERGY.
Sans ilîstinyuer leculteet Fempire où nous sommes, L'homme chérit toujours le bienfaiteur des hommes.
GABRiELLE, réflécliissaut avec douleur. Quoi ! l'Asie en Raoul vante son bienfaiteur ! En lui mon souverain voit son libérateur ! Par-tout où le destin nous donna la victoire , Son nom est le premier qu'ait prononcé la gloire ! Et quand tout l'univers adore tes vertus, Seule on m'a condamnée à ne t'adorer plus ; Moi qui chéris ton cœur, qui t'aimai la première...
Ton ame m'appartient malgré la terre entière ; Eh! dépend-il de nous d'éteindre un si beau feu i A-t-:l pour s'allumer attendu notre aveu ? Ame de notre vie, il ne peut cesser d'être Qu'avec les doux rapports qui dans nous l'ont faii naître.
GA.ERIET.LE.
Dieu ! quel oubli honteux égare nos esprits ! Tous les deux à l'instant nous en serons punis. Je triomphe en fuyant, je sors de ta présence. Ne me voyez jamais : respectez ma défense.
Arrêtez un moment; promettez-moi du moins Que vos jours conservés...
GABRIEL LE, vivement.
Ah ! quels funestes soins De prolonger mon crime et l'horreur qui m'accable! Je sens que chaque instant me rendra plus coupable.
c ou CY.
Envers qui.'' vous !
GA-BRiELLE, plus vivenicut.
Envers un époux vertueux Qui donneroit son sang pour voir mes j ours heureux; Que j'aimerois sans toi; mais dont mon injustice Regarde les boutés^cQinme un affreux supplice.