SCENE VI
FAYEL, ALRERIC, gardes.
F Aï E T. , entrant par le fond du ttéâtre Tepee à la main ,
et regardant sortir Gabriclle.
Elle fuit! elle est seule! Ah ! c'est Monlac,ce traître... En osant me combattre il a sauvé son maître. Du moins le téméraire est tombé sous mes coups.
Le voici tout sanglant qui se traîne vers vous.
M O N L A c , blessé , et parlant avec peine. Seigneur, que de ma mort votre haine contente... Raoul... est vertueux... votre épouse... innocente... J "expire.
( il meurt. 3
L'imposteur ! Qu'on l'ôte de mes veux.
( on l'emporte. ) Qu'on ferme ce portique. Environnez ces lieux, Poursuivez, découvrez, amenez son complice.
( La plus grande partie des gsirdes sortent. ) Que devant la parjure ici même il périsse. ( à Alberic. ) Fais-la venir.
ALBERIC
Seigneur, ce courroux violent...
FAT E L
Je vais me commander. Cachons ce fer sanglant.
( il remet son epce. ) Tes crimes à mes yeux ont flétri tous les charmes ; Mon cœur s'est endurci par tes perlides larmes. Non , ni pitié , ni grâce. Ah ! mes justes fureurs
2oG GABRIELLE DE TERGY.
Sauront de tes forfaits surpasser les horreurs.
( il se promené à pas précipités. ) Je veux, accumulant mes affreux sacrifices, Voir les maux de Raoul accrus par tes supplices •, Ralentir son trépas pour prolonger le tien ; L'arracher de ton cœur; t'immoler dans le sien*, Et , sous des flots de sang répandus par ma rage , Eteindre mon amour et laver mon outrage !
^ il s'appuie sur une colonne. ; A L B É RI C.
Mais de tout ce complot ètes-vous éclairci.'' Pourquoi publioient-ils le trépas de Coucy.''
F A Y E L , se relevant avec fureur. Quesais-je.>*aux pieds du roi dès que j'ai puparroîte, Parmi les courtisans ne voyant point le traître, J'ai su qu'avec mystère on l'avoit vu partir: J'ai jugé qu'en ces lieux il venoit me trahir. Et sans plus m'informer, sans vouloir rien entendre, J'ai revolé soudain pour le pouvoii surprendre.
Le mensonge , fertile en détours si divers , Les a tous épuisés dans ces deux cœurs pervers ! Tantôt , lorsque l'ingrate employoit la prière Pour restci' loin de moi dans ce lieu solitaire , Son refus obstiné de me suivre à la cour De son amant ici ménageoit le retour.
Ce lâche confident , ce précurseur du crime , ( Qui dut être en effet ma première victime ) De sou maître avec art vient devancer les pas ; Il couvre son retour du bruit de son trépas : On me laisse ravir cette lettre odieuse, De l'imposture encor recherche industrieuse I Et la parjure affecte un aveu plein d'honneur. Pour pouvoir sans danger recevoir son vainqueur! Mais on ne revient point , il échappe à ma haine. AL B É R I r.
Je conçois trop, seigneur, que toute excuse est vnine;