SCENE V
TAYEL, ALBËRIC; GARDES.
FA Y E L , s'asseyant près de la taLle. Je t'en réserve encor dont je fais mes délices : C'est le soin qui m'amène en ces murs ténébreux.
Eh quoi! blessé d'un coup peut-être dangereux...
FAY E L
Raoul ne m'a porté qu'une atteinte peu sûre ; Il se croyoit vainqueur en voyant ma blessure. Relevé par d'Armance , et prompt à me venger. Au sein de mon rival mon bras s'est pu plonger : Nous mourons satisfaits, teints du sang l'un de l'au tre. Perfide! ton trépas suivra de près le nôtre.
Calmez ce noir courroux : je vous ai dit, .seigneur,
22« GABRIELLE DE VERCxY.
Qu'au bruit de votre mort Gabrielle en fureur, Et iiiaudissant Raoul...
FA y E L.
Est-elle moins coupable .-' Leurs secrets entretiens et leur fourbe exécrable... Par le sang de Raoul leur forfait est écrit ; Le ciel fut notre juge , et le ciel le punit. Soldats , cachez sa mort : je veux que la cruelle , En croyant qu'il triomphe, ait son cœur devant elle. ( uu soldat sort pour porter cet ordre.') A. L B É R I C.
Mais votre sang versé...
FAYE L
Les restes de ce sang , Par la rage allumés , bouillonnent dans mon flanc Il semble que soudain , de mon cœur élancées , Des flammes ont rempli mes veines épuisées : Va , je ne mourrai pas de ce coup incertain ; Quand je serai vengé , je mourrai de ma main,
Quel projet I Ah ! vivez...
FA Y E L
Je déteste la vie.
Il n'est plus au pouvoir de ce cœur en furie , Qui cherche le trépas, mais qui veut le donner., De survivre à l'ingrate, ou de lui pardonner. Si le trône du monde eût été mon partage , Je ne l'aurois aimé que pour t'en faire homniaçe : Je te donne , en pleurant ,1a mort que je te doi ; Que puis-je pour l'amour .'' m'immoler après loi. Albéric , quand l'amour s'empara de mon ame , Je prévis cette iin de ma funeste flamme ; Je ne sais quel effioi, quelle sombre douleur Vint troubler les transports de ma naissante ardeur: Un noir j)resseniiment , une horreur inouie , M'annonça dans l'amour le malheur de ma vie.