ACTE Y, SCEÎSE I
A mes doutes lîxés fut le dernier indice : J'ai suivi le perfide, et mes yeux plus ouverts Ont percé par degrés tous ses desseins couverts ; Dans le fort du combat , quand , au gré de sa rage Il vous vit emporté par votre ardent courage ; Et qu'il s'applaudissoit du coup làclie et ceitain Qu'en ce flanc découvert portoit déjà sa main, J'ai dans le sien moi-même enfoncé mon épée ; Et des traîtres soudain Ja foule dissipée , Par sa fuite annonçant que son chef n'étoit plus. Laisse encor des captifs qui nomment Lentulus.
TITUS
Occupons-nous, ami , d'un intérêt plus tendre ; Que fait Sextus?
Seigneur, nous venons de l'entendre.
A peine dans ces murs son ci'ime est révélé , Tous les pères de Rome au sénat ont volé ; L'effroi, l'horreur, la honte, accablent leur courage; Ils flétrissent ce jour l'opprobre de notre âge ; Leurs cœurs saignent du coup qui vous fut destine. Sur ses propres aveux le traître est condamné ; J'apporte son arrêt si terrible et si juste :
(il remet le décret Ju seuat à Titus , qui le parcoiu-t des jeux.) ÎSous n'attendons, Seigneur, que votre seing auguste Pour livrer , dans le cirque , aux lions furieux , Ce monstre plus farouche et plus barbare qu'eux.
TITUS, les larmes aux veux.
Et tu vois d'un œil sec ce fatal sacriiîce .' Songe quel fut le cœur qu'immole ma justice.
A.N NI us.
Ce cœur s'est dégradé , je ne le connois plus.
TITUS
Moi, je ne connois point tes cruelles vertus. Toujours l'humanité plaint ceux qu'il faut détruire^
58 TITUS
Et plus leur crime est grand , jjlus la vertu soupire. Quel juge peut jamais coa Jauiuer sans gémir 1 Le supplice d'un prince est d'avoir à punir.... Que dit le malheureux, et quelle est son excuse .''
A w N lu s.
Il n'en allègue point : c'est lui seul qu'il accuse. Il sent du désespoir les dernières horreurs ; Et , déchirant son sein tout trempé de ses pleurs , Par grâce il demandoitles plus cruels supplices. Mais nous allons, seigneur, entendre ses complices. Et nous saurons alors...
TITUS
Ami , qu'il vienne ici.
Sur ce fatal secret je veux être éclairci. Son cœur avec le mien lie pourra point se taire ; Son excuse est peut-être au fond de ce myslere. Yois depuis plus d'un an tous ses combats secrets , Ses chagrins dévorants et ses profonds regrets : Vingt fois pour me sauver sa bouche s'est ouverte; Il m'a , dans ce jour même , averti de ma perte ; Et dans l'instant encor qu'il vint la consommer, Un seul embrassement a pu le désarmer. Quelqu'un l'aura séduit , c'est ce qu'il fautconnoUre. Qu'il l'avoue ; il pourra fléchir encor son maître ; Fais-le venir : pour prix de quinze ans de bienfaits, Je ne veux que savoir l'auteur de ses forfaits.
( Il met le décret sur le Lur.'aii, et s'assied à côté. )