À.CTE.I, SCENE I
Le barbare en secret, par la faim meurtrière. Au fond de sa prison laissoit périr mon père.
Dieux !
J'arrêtai ce crime au moment du succès. Un soldat dans la tour me permit quelque accès : Mais lâchement lidele et cruel par foiblesse , Il m'ôta les secours qu'apportoit ma tendresse. J'entre , Je vois mon père à mes pieds étendu ; Je sens le froid mortel sur son corps réj)andu ; Je le presse en mes bras, et sa bouche empirante Pousse en foibles sanglots une voix défaillante. J'écoutai la nature : elle vint m'inspirer D'oser changer ses lois, pour la mieux honorer : Son trouble impérieux ne connoît point d'obstacles; La nature alarmée enfante des miracles.
Du lait que pour mon fils elle avoit destiné Mon sein même a nourri mon père infortuné : Mes pleurs, mon désespoir, ma mort inévitable , L'ont contraint d'accepter ce secours respectable.
Zelmire ! je succombe à mon ravissement : Pardonnez au transport de cet embrassement. Ah 1 l'admiration, le trouble, la tendresse Arrachent de mes yeux des larmes d'alégresse.
Hélas ! à ce spectacle un Thrace en répandit. Dans mes soins maternels ce tigre me surprit : Mais l'inflexible airain de lame la plus dure S'ébranle et s'amollit au cri de la nature. Il fut comme accablé du dieu qui m'inspiroit; Il osa seconder des soins qu'il admiroit, Et mon père , échappant à sa prison funeste , Trouva dans ce tombeau l'asile qui lui reste. Ce n'étoit point assez ; loin d'un si cher trésor
rCi ZELMIRE.
Il falloit détourner les poursuites d'Azor ;
Je sus conduire ailleurs sa cruauté séduite;
Je lui vins la première annoncer cette fuite.
Je feignis qu'enlevé par des amis secrets
Mon père s'enferraoit au temple de Cérès,
Où Cloanthe en effet fidèle à Polidore
Avec quelques soldats se défendoit encore.
Dieux ! qui pou voit prévoir ces attentats nouveaux !
Azor de toutes parts fait lancer les flambeaux,
Et du temple embrasé les murailles fumantes
Croulent dans des torrents de flammes dévorantes :
Un cœur dénature respecte-t-il les dieux?
Mais la cendre sacrée où ce monstre odieux
Croyoit voir de son roi l'affreuse sépulture
Servit à mieux couvrir ma pieuse imposture.
Ainsi quand vos vertus l'arrachent à la mort, Nous vous accusons tous de son lioirible sort. Que j'expie à vos pieds une injuste colère...
ZELMIRE, la relevant.
Son injustice, Ema, me la rendoît bien chère. J'estimois ce courroux dont mou cœur soupiroit*, De ta fidélité ta Ijaiue m'assuroit.
A quel étrange sort mes malheurs m'asservissent ! Je ne puis plus chérir que ceux qui me haïssent: Et j'abhorre ce peuple assez vil pour m'aimer , Qui me croit parricide et m'en ose estimer. Entretiens s®n erreur, que ma voix autorise : Unis-toi pour ton maître à ma noble entreprise. Le soleil a trois fois doré l'azur des cieux Depuis qu'au sein des morts la nuit couvre ses yeux , Et que mes soins cachés ont nourri sa vieillesse
( Montrant le temple.) Des dons qu'on croit ici que j'offre à la déesse. Veille autour de ces lieux, où je vais l'informer De ce trépas d'Azor qui doit tant m 'alarmer.