ACTE I, SCE^ E I
Ce vaste nionument voisin de 31iivlene, Entouré des rochers qui défendent nos bords , Et de ces rieux cyprès , triste pompe des morts ; Là , des rois de Lesbos on révère la cendre ; Là, mon père vivant fut forcé de descendre. Ombres de nos héros, qu'il a surpassés tous, Vous voyez votre lils respirant parmi vous ; Vous gardez sa vieillesse aux meurtriers ravie; L'asile de la mort est celui de sa vie,
Par quel miracle, 6 ciel .' trompant ses assassins , Avez-vous fait penser que , livré par vos mains?...
Je puis te conlier, dans ces lieux solitaires , (]e dépôt, ce tissu d'intéressants mvsteres Qu'a tramé par mes soins l'amour ingénieux . Prodiges qu'à mon père ont ciu devoir les dieux, la tendresse va croître au réi'it de la mienne; Je veux faire passer mon aœe dans la tienne. Le sort, qui pour un temps te fixoit à Saroos, Préparoit loin de toi les malheurs de Lesl»os, Lorsqu'Ilus, mon époux, l'espoir de la Phrvgie. ]'"ut rappelé par Tros pour venger sa patrie- Son absence cruelle, époque de nos maux, Du parricide Azor enhardit les complots. Ce monstre, que le ciel m'avoit donné pour frère. Porta sa main coupable au sceptre de so7i père , Dans le crime aftermi par ces vils séducteurs A qui les changements promettent des grandeurs. Polidore irrité voulut sur uu})arjure Venger les droits du trône et ceux de la nature : Riais son bras paternel , à regret étendu , Au roi t puni son Iils et ne l'eût point perdu. Ce jeune ambitieux , id;>le d'une armée . Sons lui depuis trois ans à vaincre accoutumée, DE BELLOI. I. 5
Dieu d'un peuple inconstaat qui sous mon père,
hélas I Se lassoit d'uu bonheur qu'il ne niéritoit pas; Sur-tout ayant gagné la troupe sanguinaire Qui yient yendre en ces lieux sa valeur mercenaire , Ces Thraces qui , fuyant de leurs rochers déserts , Vont se nourrir ailleurs des maux de l'univers ; Azor mit tous les cœurs du parti de son crime : D'un père trop jaloux on le crut la victime ; Il feignit que le roi ^ dans ses cruels soupçons , Armoit contre ses jours le fer et les poisons. Ses soldats à ce bruit remplissent Milylene, Mon fils , mon père et moi , nous tombons dans leur
chaîne ; Et menacée encor de plus affreux malheurs , On força ma tendresse à dévorer ses pleurs.
Monarque infortuné , la main de ton fils même Déchire sur ton front ce sanglant diadème. Voilà le prix honteux qu'ont payé tes sujets A trente ans de vertus , de gloire et de bienfaits !
( à Zelmire. ) Ne pijtes-vous au moins de ce vainqueur impie Pour un peie captif désarmer la furie ?
jNon ; contre tous les pleurs soigneux de s'endurcir, Il fallut le tromper, ne pouvant l'adoucir. Tromper un traitre, Ema , c'est lui faire justice. Tel fut de mon amour l'innocent artifice. D'Azor avec éclat j'approuvai les forfaits ; En flattant ses fureurs j'tn prévins les effets ; Tu sais que les mortels , vertueux ou coupables , Dans les autres toujours pensent voir leurs semblables:
Azor me ciut sans peine un cœur dénatui'é. Je lui surpris l'aveu d'un projet ignoré :