SCE]NE II
POLIDORE, ZELMIRE
POLIDORE, sortant du tombeau et s'appuvant sur Zeliuirc.
O ma fille ! .soutiens ma tremblante vieillesse; Prête nn bras secourable à ma lente foiblesse.
( il avance peu-à-pen. ) Mes regards éblotiis cherchent en vain les cieux ; Hélas I leur doux aspect n'est plus fait pour mes yeux.
( il s'assied sur Tescalier du temple. ) Enfin je les revois , et je t'embras.se encore. Ma vie est désormais un fardeau que j'abhorre.
Non; je la dois aimer, c'est un de tes bienfaits.
Pourrois-je sans transport me retracer jamais
L'auguste et doux moment où ton malheureux père
A trouvé dans sa fille une seconde raere ?
Je bénis en toi seule unis et consacrés
Les droits que la nature a toujours séparés :
Ce sang qui me doit l'être , et dont je tiens la vie ,
A doublé les devoirs de mon ame attendrie.
Quel charme intéressant, quels soins consolateurs
Ta noble piété répand sur mes malheurs !
Eh ) pouvez-vons compter de si foibles services ? Mon cœur a fait par choix ses plus chères délices De ce tendre devoir, de cet amour sacré, Du nom de piété justement honoré :
J'offre mes premiers vœux aux maîtres du tonnerre , Mais l'auteur de mes jours est mon dieu sur la terre. Pour des temj)s plus heureux réservons nos transports.
Le ciel permet Icspoir à nos j ustes efforts ; Déjà ses coups vengeurs préviennent notre attente : Azor n'est plus.
POiiiDORE, se levant.
Azor !
Cette nuit , dans sa tente , De trois coups de poignard on a percé sou sein : Et nos soins vainement recherchent l'assassin.
POLIDORE
Dieux .' faut-il que mon lils , ma plus chère espérance , Ne me laisse en mourant pleurer que sa naissance I Je me vois délivré de mon persécuteur; Mais il étoit mon fils... ô retour plein d'horreur ! Quand tu me l'as donné, ciel, devois-je m'attendre Que j'aurois pour sa mort des grâces à te rendre ?