ACTE II, SCENE IV
Depuis, cessant pour vous des pas trop hasardés , Guidant toujours d'Azor les soldats aflidés , Je tàchois d'épier cette cour si cruelle, Et de vous servir mieux . en modérant mon zeJe . Jusqu'au jour préparé par mes soins les plus doux , Ou vers les champs troyens je fuirois avec vous. Cette nuit, près d'Azor, je revenois l'instruire Du succès d'un de\ oir qu'il daignoit me prescrire ; Je L'ai trouvé sanglant , de son Ut renversé , De trois coups lians le sein mortellement percé. « Je ne veux de secours, dans ce moment terrible, « Ami , que pour tracer mon aventure horrible, a Et laisser contre un monstre un monument sacré a Où son cœur infernal au grand jour soit montré. » A ces mots, d'une main par la rage af/ermie, Il trace de son sang l'écrit qu'il me confie, a Fuis, dit-il, et qu'Ilus venge sur Anlénor a Et la coupable vie et le trépas d'A7or. « Il vous nomme ; et je vois ses entrailles émues , Ses larmes par torrents dans son sang confondues. «Votre père est vivant, lui dis-je>. Un doux transport Mêle un rayon de joie à l'ombre de la mort. Il m'embrasse, il expire. Et, dans mon trouble extrême , J'ai fui, tremblant, hélas! d'être accusé moi-même.
POLIDORE
O mon fils I Toilà donc la main qui t'a perdu ! Anténor m'a coûté ta vie et ta vertu.
O pertes pour mon cœur également cruelles ; Mes yeux, laissez couler vos larmes paternelles.
Anténor, l'artisan de tant d'af/reux destins .' O mon père! Et j'allois vous livrer en ses mains ! POLIDORE, au soldat.
Donne-moi cet écrit. Je veux devant l'armée, De honte, à cet aspect, et de rage enflammée,
go ZELMIRE.
Le montrer d'une main à ce lâche imposteur,
De l'autre lui plonger ce glaive au fond du cœur.
Ah! seigneur, arrêtez.