‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 77 sur 361 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

POLIDORE, ZELMIRE

POLIUORE.

Quels sentiments , ma lille , en cette humble fortune .' () leçon pour les grands trop vaine et trop commune ! A ces derniers humains quel roi vient s'abaisser? Quand ils sont malheureux, daignons-nous V penser? Nos yeux remaïquent-ils leur obscure existence ? Leur zèle la prodigue à notre indifférence ; Et , loin de se venger de nos mépris honteux , Ils sont hommes pour nous, quaad nous souffrons

comme eux.

Mais. Zelmire, ce fils, l'espoir de ta tendresse, Ce charme de mes yeux , si cher à ma vieillesse , Vas-îu Tabandonuer, en fuvant avec moi , Au tigre à qui ce peuple a confié son roi ? Ahl je frémirois moins si j'exposois sa vie Dans les antres sanglants des monstres de Libve. L'amour et le devoir pourroient-ils aujourd'hui

ga ZELMIRE.

Te parler pour moi seul , et se taire pour lui ?

Z ETi M I R E.

Le croyez-vous, seigneur ? ^lon amour pour mon père Ne me laisse-t-il pas des entrailles de mère ? Nature, tu m'as fait le plus tendre des cœurs, Pour rassembler sur lui tout l'excès des mallieui's. Entre mon fils et vous , choix terrible et barbare ! Le sentiment se tait, et la raison s'égare. J'idolâtre mon fils, j'adore mon époux; Mais ne doivent-îls pas donner leur sang pour vous? Ma vie est votre bien, je vous la sa'orifie. [Is vous sont, comme moi, comptables de leur vie. L'un naquit votre fils , l'autre l'est par son choix. Ah ! les mêmes devoirs nous enchaînent tous trois.

POLIDORE

Ton fils mourioit pour moi !

Lui .' devant qu'il expire...

Ciel ! choisis le forfait que tu veux me prescrire.

POLIDORE

Du fil de ses beaux jours, à peine encor naissants, Paver le reste usé de mes jours languissants! Pour reculer d'un pas cette tombe ou j'aspire, Etouffer au berceau tout l'espoir d'un empire! Toi , qui de la nature entends si bien la voix. Songe que pour ton fils elle unit tous ses droits ; Elle ouvre sa carrière aux bornes de mon être. Est'ce à moi de survivre à ceux que j 'ai fait naître.''

Mon père, la douleur nous aveugle tous deux : Eh ! pouvons-nous sauver cet enfant malheureux.' Si la sombre fureur du tyran qui m'opprime Cherche , en le couronnant, à parer sa victime. Quand vous voudrez périr, mon fils mourra-t-il

moins.'' Je démêle Anténor dans ses perfides soins.

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