SCENE II
SEXTUS, VITELLIE, TULLIE.
s E XTU s.
Près d'accomplir ce serment redoutable Arraché par l'amour à ma bouche coupable, Pardonnez si Sextus revient vous consulter Sur un coup que sa main tremble d'exécuter. Vous avez à mon bras commis votre vengeance, Moi-même j'en briguai l'horrible préférence; Vous promettez un bien... qui ne peut trop coûter, Et qui par des vertus se devroit achett^r. Ah ! faut-il qu'aujourd'hui vendue au plus perfide , Une si belle main se livre au parricide ! N'importe. En murmurant d'un joug qu'il faut subir , Par plus d'horreurs encor j'irois vous conquérir. Mais si je vous trahis en cherchant à vous plaire : De Titus autrefois l'amitié vous fut chère... Quoil son cœur,s'arrètant sur un penchants! doux. Put à ce sentiment se borner avec vous .-' Je le crois. Mais enfin votre âme est généreuse ; La haine à son ministre est souvent dangereuse : Vos remords condamnant un courroux assouvi Viendront me reprocher de Tavoir trop servi.
VITELLIE. ,
Ah .' lorsqu'à le venger un père nous anime , La fureur est vertu, le remords est un crime. Pourquoi m'accusez-vous d'un si lâche retour. ** Donnez-vous ces soupçons pour des marques
d'amour.'' Ne me supposez point une indigne foiblesse Qui sied à votre cœur et que le mien vous laisse, Prétexte des frayeurs qui viennent vous troubler.
lo TITUS.
L'approcTie de Titus vous fait déjà trembler : L'effroi vous peint pour lui ma haine désarmée ; Qui me connoît si mal peut-il m'avoir aimée ?
Si je vous aime ! Hélas ! ({ue n'en puis-je douter ! Par quels forfaits encor faut-il donc l'attester ? Cet amour effréné, ce tyran de ma vie, Tient malgré moi mon ame à a^os lois asservie. Ami brûlant de zèle, amant impétueux.
Toujours avec fureur coupable ou vertueux, Au sein du repentir dont l'horreur me dévore. Ma bouche vous accuse, et mon cœur vous adore. Quel triomphe plus grand pouvez-vous souhaiter? Je maudis mon amour et ne puis le domter. Tel est sur ma raison votre fatal empire; Sans pouvoir m'aveugler vous m'avez su séduire. Sans tromper mon esprit vous entraînez mon cœur. De tous mes attentats je connois la noirceur; Et , chérissant encor la vertu qui m'éclaire, Je déteste le crime , et j'y cours pour vous plaire.
Non, je n'exige pas un effort si honteux:
Qui peut les condamner serviroit mal mes vœux.
J 'avois cru qu'en effet l'honneur le plus sévère
Obligeoit mon amant d'oser venger mon père ,
Et que Yitellius demandoit aujourd'hui
Pour époux de sa fille un fils di ^ne de lui.
Si tu nommes forfaits ces sentiments sublimes.
Porte ailleurs tes vertus , et laisse-moi mes crimes,
s E X T u s , fièrement.
Je le devrois, cruelle, et souvent je le veux ; J'en ai formé cent fois le dessein généreux.
(se radoucissaut. ) Mais contre tant d'appas révolte toujours vaine ! Mes efforts n'ont servi qu'à resserrer ma chaîne.
ACTEI,SCENEir. n
Je vous dirai bien plus, je venois en ces lieux Pour essayer encor de la rompre à vos yeux... Je vous vois , et soudain mes fers s'appesantissent , Au joug qu'ils repoussoient mes vœux s'assujettissent.
J e cours aux conjures qui n'attendent que moi ; Je vais... avec horreur renouveler ma foi. Votre hymen ne rend pas ma main plus excusable : Mais quel autre à ce prix ne devieudroit coupable ?