‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 13 sur 59 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Ou presse un lièvre agile, ou, la fronde à la main, Fait siffler un caillou qui terrasse le daim.

D'autres temps, d'autres soins. Dirai-je à quels désastres De l'automne orageux nous exposent les astres, Quand les jours sont moins longs, les soleils moins ardents ; Ou quels torrents affreux épanche le printemps, Quand le blé d'épis verts a hérissé les plaines , Et des flots d'un lait pur déjà gonfle ses veines ?

L'été même, à l'instant qu'on liait en faisceaux Les épis jaunissants qui tombent sous la faux. J'ai vu les vents, grondant sur ces moissons superbes, Déraciner les blés, se disputer les gerbes , Et , roulant leurs débris dans de noirs tourbillons, Enlever, disperser les trésors des sillons.

Tantôt un vaste amas d'effroyables nuages, Dans ses flancs ténébreux couvant de noirs orages. S'élève, s'épaissit, se déchire; et soudain La pluie, à flots pressés, s'échappe de son sein; Le ciel descend en eaux, et couche sur les plaines Ces riantes moissons , vains fruits de tant de peines ;

Tum gruibus peUicas et retia ponere cervis , Auritos(jue sequi lepores; tum tigere damas, Stuppea torquentera Balearis verbera fundae, 310 Quum nix alla jacet, glaciem quum fluinina trudunt

Quid tempestates auctumni et sidéra dicam? Atque, ubi jam breviorque dies, et mollior aestas, Quae vigilanda viris? vel , quum ruit imbrifenun ver, Spicea jam campis quum messis inhorruit , e,t quum Frumenta in viridi stipula lactentia turgent?

Saepe ego , quum flavis messorem induceret arvis Agricola , et fragili jam slringeret hordea cuimo , Omnia ventoruiii coricurrere praelia vidi , Quae gravidara late segetem ab radicibus imis 5;;0 Sublime expulsam eruerent; ita turbine nigro

Ferret hiems culmumque lèvera stipulasque volantrs.

Sspe etiam imniensum cœlo venit agmeii a(|uaruœ , El fœdam glomerant tempestatem imbribus alris Collectœ ex alto nubes ; ruit arduus sther,

Les fossés sont remplis ; les fleuves débordés Roulent en mugissant dans les champs inondés ; Les torrents bondissants précipitent leur onde , Et des mers en courroux ^^ le noir abîme gronde. Dans cette nuit affreuse , environné d'éclairs , Le roi des dieux s'assied sur le trône des airs : La terre tremble au loin sous son maître qui tonne ; Les animaux ont fui ^9 ; l'homme éperdu frissonne ; L'univers ébranlé ^o s'épouvante... Le dieu, D'un bras étincelaut dardant un trait de feu , De ces monts si souvent mutilés par la foudre, De Rhodope ou d'Athos met les rochers en poudre , Et leur sommet brisé vole en éclats fumants : Le vent croît , l'air frémit d'horribles sifflements; En torrents redoublés les vastes cieux se fondent ; La rive au loin gémit, et les bois lui répondent.

Pour prévenir ces maux , lis aux voûtes des cieux ; Suis dans son cours errant le messager des dieux ; Observe si Saturne ^' est d'un heureux présage : Surtout aux dieux des champs présente im pur hommage.

Et pluvia ingenti sata laeta boumque labores Diluit ; implentur fossae , et cava flumina crescunt Cum sonitu , fervetque fretis spirantibus aequor. Ipse Pater , média nimboium in nocte, corusca Fulmina molitur dextra ; quo maxima molu 330 Terra tremit; fugere ferse, et mortalia corda Per gentes humllis stravit pavor. Ille flagrant! Aut A.tho, aut Rhodopen , aut alta Ceraunia telo Dejicit. Ingeminant austri, et densissimus imber ; Nunc nemora ingenti vento, nune litora plangunt.

Hoc metucns , cœli menses et sidéra serva , Frigida Saturni sese quo stelia receptef, Quos ignis cœli Cyllenius erret in orbes. In primis venerare deos , atque annua magnae Sacia refer Cereri , tetis operatus in herbis , 340 Extrmae sub casum hiemis, jam vere sercno : Tune agni pingues, et tune molHssinia vina; TuDC somiii dulccs dcnsaeque ia montibus uuibia;.

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