LIVRE I
Quand l'ombrage ''^ au printemps invite au doux sommeil , Lorsque l'air est plus doux, l'horizon plus vermeil , Les vins plus délicats , les victimes plus belles , Offre des vœux nouveaux pour des moissons nouvelles ; Choisis pour temple un bois , un gazon pour autel , Pour offrande du vin ^^ , et du lait , et du miel : Trois fois autour des blés on conduit la victime ; Et trois fois enivré d'une joie unanime , Un chœur nombreux la suit en invoquant Cérès : Même , avant que le fer ^^ dépouille les guérets , Tous entonnent un hymne; et couronné de chêne , Chacun d'un pied pesant frappe gaîment la plaine.
Si ce culte pieux n'obtient pas de beaux jours , La lune de l'orage annonce au moins le cours ; Et le berger connaît par d'assurés présages Quand il doit éviter les lointains pâturages. Au premier sifflement des vents tumultueux , Tantôt , au haut des monts , d'un bruit impétueux On entend les éclats ; tantôt les mers profondes Soulèvent en grondant et balancent leurs ondes , Tantôt court sur la plage un long mugissement , Et les noires forêts murmurent sourdement.
Cuncta tibi Cererem pubes agrestis adoret; Cui tu lacté favos et miti dilue Baccho, Terque novas circum felix eat hostia fruges ; Omnis quam chorus et socii comitentur ovantes , Et Cererem clamore vocent in tecta ; neque ante Falcem maturis quisquam supponat aristis , Quam Cereri torta redimitus teinpora (luercu, 330 Det motus incompositos, et carmina dicat,
Atque hœc ut certis possimus discere sigiiis , iEstusque, pluviasque, et agentes frigora ventos, Ipse Pater statuit , quid menstrua luna moneret, Quo signo caderent austri , quid saepe videntes Agricolae propius stabulis armenta tenerent. Continue , ventis surgentibus , aut frela pouti Incipiunt agitata tumescere, et aiidus altls Moulibus audiri frasor; aut rcsouaritia longe
oO LES GÉORGIQUES.
Que je plains les nochers, lorsqu'aux prochains rivages Les plongeons effrayés , avec des cris sauvages , Volent du sein de l'onde , ou quand l'oiseau des mers Parcourt en se jouant les rivages déserts , Ou lorsque le héron, les ailes étendues, De ses marais s'élance , et se perd dans les nues ! Quelquefois, de l'orage avant-coureur brûlant , Des cieux se précipite un astre étincelant , Et dans le sein des nuits , qu'il rend encor plus sombres. Traîne de longs éclairs qui sillonnent les ombres : Tantôt on voit dans l'air des feuilles voltiger , Et la plume, en tournant, sur les ondes nager. Si l'éclair brille au nord ; de l'Eure et de Zéphire Si la foudre en éclat ébranle au loin l'empire : Alors, ô laboureur, crains les torrents des cieux ; Nochers , ployez la voile, et redoublez vos vœux. Que dis-je ? tout prédit l'approche des orages. Kul , sans être averti . n'éprouva leurs ravages : Déjà l'arc éclatant qu'Iris ^^ trace dans l'air Boit les feux du soleil et les eaux de la mer ; La grue , avec effroi s'élançant des vallées. Fuit ces noires vapeurs de la terre exhalées ;
Litora misceri , et nemorum increbrescere murmur. 560 Jatn sibi tum curvis niale tempérât unda carinis ,
Quurn medio ccleres revolant ex scquorc niergi ,
Claïuoretiique ferunt ad litora; quumque marinae
In sicco ludunt fulicœ ; notasque paludes
Deserit , attjue altani supra volât ardea nubem. S»pe etiam stellas, vente iinpendentc, videWs
Praecipites cœlo labi , noctisque per umbram
Flammarum longes a tcrgo albescere tractus ;
Saepe levem paleam et frondes velitare caducns ,
Aut summa nantes in aqua coUudere plumas. 370 At Boreae de parte trucis quum fulminât , et quurn
Eurique Zepbyrique tonat domus , omnia plenis
Rura natant fossis, atque omnis navita ponto
Humida vêla legit. Nunquam imprudentibus imbcr
Obfuit : aut illmii surgentem vallibus iniis