‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 22 sur 59 · LIVRE IT · texte numérisé non relu

LIVRE IT

Kt son suc du vieillard qui respire avec peine Raffermit les poumons et parfume l'haleine.

Mais l'Inde et ses forets ^^, et leur riche trésor. Et le Gange, et THermus , qui roule un limon d'or, Et les riches parfums que l'Arabie exhale , A l'antique Ausonie ont-ils rien qui s'égale? Colchos ^-i, pour labourer tes vallons fabuleux , Mets au joug des taureaux étincelants de feux ; Que des dents d'un dragon les fatales semences Hérissent tes guérets d'une moisson de lances. Le blé pare nos champs, le raisin nos coteaux; J'y vois mûrir l'olive , et bondir nos troupeaux. Ici l'ardent coursier s'échappe au loin sur Iherbe : Là paissent la génisse et le taureau superbe , Qui, baignés d'une eau pure, et couronnés de fleurs , Conduisent aux autels nos fiers triomphateurs. [nés ;

Deux fois nos fruits sont nulrs ^^, deux fois nos brebis plei- Méme au sein des hivers l'été luit dans nos plaines : Mais ce sol ne nourrit ^^ ni le tigre inhumain, Ni le poison qui trompe une imprudente main.

Flos ad prima tenax : animas et olentia Medi

Ora fovent illo, et senibus medicantur anhelis. Sed neque Medorum silvae , ditissima terra,

>ec puleher Ganges, atque auro turbidus Hermiis,

Laudibus Ilaliae certeiit : non Bactra, neque Indi,

Totaque tliuriferis Panchaia pinguis arenis. \W Ilaec loca non tauri spirantes naribus ignem

Inverlere, satis immanis denlibus hydri ;

Nec galeis densisque viruni seges horruit hastis ;

Sed gravidae fruges , et Baccbi Massions bumor

Implevere; tenant olespque armcntaquc lauta.

Ilinc bellator equus campo sese arduus infert;

llinc albi , Clitumne , grèges, et maxinia taurus

Victima, saepe tuo perfusi flumine sacro,

Honianos ad templa deum duxere trinmphos.

llic ver assiduum, atque alienis mcnsibtis xstas; «50 Uis gravidae peciules , bis pomis utilis arbor.

At rabidae tigres absiuit, et sœva leonuiiv

78 LliS GliORGIQlJES.

ISul lion n'y rugit ^7 ; el jamais sur raronc

Une hydre épouvantable à longs plis ne s'y traîne.

Partout sont de beaux champs qu'éclairent de beaux cioux,

Où la nature est riche et l'art industrieux.

Vois ces forts supendus ■*** sur ces rochers sauvages ,

Ces fleuves dont nos murs couronnent les rivages :

La mer ^9 de deux côtés nous présente sou sein ;

Vingt lacs autour de nous ont creusé leur bassin.

Ici le Lare ■<° étend son enceinte profonde ;

Là, tel qu'un océan, le Bénac s'enfle et gronde.

Peindrai-je ces beaux ports, ce hardi monument

Qui maîtrise l'orgueil d'un fougueux élément,

Et dans les lacs voisins , lui laissant un passage,

Présente à nos vaisseaux une mer sans orage ?

Fouille ces champs féconds : le fer, l'argent, l'airain,

L'or même, en longs ruisseaux circulent dans leur sein.

Ces champs ont vu fleurir cent peuples redoutables.

Les Sabins belliqueux, les ISIarses indomptables ,

Et ces Liguriens qu'indigne le repos.

Et ces Volsques, armés d'énormes javelots.

Ces champs ont enfanté les Dèces, les Émiles,

Les braves Scipions, les généreux Camilles;

Scmina; nec miseros falluntaconita legciiles; Nec rapit immensos orbes per huinum, ncquc taiito S(|nameus in spiram tractu se colligit angiiis. Adde tôt cgregias urbes , operumiiue laboretn , Tôt congesta manu prx-ruptis oppida saxis , Fluniinaque antiquos subterlabentia muros. An mare quod supra mcmorem, quodque alluit infia ? Anne lacus tantos? te, Lari maxime, (eque, liio Fluctibus et fremitu assurgcns, Benace, marine? An mcmorem porfus, Lucrinoque addila claustra ; Atque indignatum magnis slridoribus sequor, Julia qua ponto longe sonat unda refuso , Tyrrlienusque fretis immittitur a-stus Avernis? Ha:c eadem argenti rivos ajrisque metalla Ostcndit venis, at(|uc auro plurima lluxit. Hok; gcnus acre virum, Slarsos, pubcmque SabcUam,

LIVRK If.

Toi surtout, loi, César ^', qui sur (K's bords lointains Soumets l'Inde tremblante à l'aigle des Romains.

Terre féconde en fruits ^', en conquérants fertile, Salut ! je chante un art à ta grandeur utile; Du Perraesse pour toi les canaux sont rouverts : Hésiode aux Romains va parler dans mes vers.

Maintenant des terrains distinguons la nature , Leur force et leur couleur, leurs fruits et leur culture. D'abord le sol pierreux de ces arides monts , D'argile entremêlés, hérissés de buissons, De l'arbre de Pallas aime l'utile ombrage : En veux-tu des garants ? vois l'olivier sauvage Sur ces coteaux chéris croître de toutes parts, Et sur la terre au loin semer ses fruits épars. .

Mais ces terrains féconds que la nature engraisse. Qui regorgent de sucs, où croît une herbe épaisse , Tels qu'au pied de ces rocs s'étend ce beau vallon , Où Teau des monts voisins porte un riche limon, Si des feux du midi le soleil les éclaire , S'ils présentent au soc l'importune fougère ,

AssueJumque nialo Ligurcm , Volscos (iie verutos , E.xtiilit ; haec Decios, Marios, magnosque Catnillus, 170 Scipiadas diiros bello; et te , maxime Caesar, Qui nunc extremis Asiae jam victor in oris Imbellem avertis Romanis arcibus Indum.

Salve , magna parens frugum , Saturnia tellus , Magna virum ! tibi res antique laudis et artis Ingredior, sanctos ausus recludere fontes, Ascra;um(jue cano Romana per oppida carmen,

Nunc locus arvorum ingeniis : ijuse rol)ora ciii<|uc , Quis coior, et quœ sit rébus natura fercndis. Difficiles primum terrae , coUesque maligni , MO Tenuis ubi argilla, et duraosis calculus arvis, Palladia gaudent silva vivacis oiivœ .

Indicio est tractu surgens oleastcr eodem l'Iurimus, et strali baccis silvcstribus agri.

At quaj pinguis buiiius, dulcique uliginc l;rla , Quique frequens hcibis et fcrUlis ubere campus ,

83 LILS GÉORGlOUEi.

Ils te prodigueront des vins délicieux, Ces vins brillant dans l'or, et versés pour les dieux. Lorsque, auprès des taureaux immolés à leur gloire , Le Toscan 43 sous ses doigts fait résonner l'ivoire. Voudrais-tu faire envie aux bergers tes rivaux ? Les forêts de Tarente appellent tes troupeaux : Va dans ces prés ravis h ma chère Mantoue •! <, Où le cygne argenté sur les ondes se joue ; Là tout rit aux pasteurs, la beauté du vallon, La fraîcheur des ruisseaux, l'épaisseur du gazon ; Et tout ce qu'un long jour consume de pâture La plus courte des nuits le rend avec usure. Enfin pour le froment choisis ces terrains forts, Pleins de sucs au dedans, noirâtres au dehors. Dont la terre est broyée, et pour qui la nature Semble avoir épargné les frais de la culture. Aucun champ ne verra tant de bœufs attelés T'apporter à pas lents le tribut de ses blés.

Qualem saepe cava montis convalle solenius Dispicere; hue summis liquuntur riipibus amncs, Felicp.mque trahunt limum; quique editus Ausiro, Et filicera curvis invisam pascit aratris :

190 Hic tibi prœ validas olim mul toque fluentes Sufliciet Bacclio vîtes; hic ferlilis uvae , Hic laticis, qualem pateris libamus et auro, Inllavit quum pinf;uis ebur Tyrrhenus ad aras, Lancibus et pandis fumantia reddimus exta.

Sin armenta tnagis studium vitulosquc tueri, Aut fétus ovium, aut urentes culta capcllas ; Saltus et saturi petito longinqua Tarenti, Et qualem infelix amisit Mantua campum, Pascentem niveos herboso flumine cyciios.

200 Non liquidi gregibus fontes, non gramina désuni; Et, quantum longis carpent armenta diebus, Exjgua tantum gelidus ros nocte reponet.

Kigra fcre, et presso pinguis sub vomere terra , Et oui putre solum , namque hoc imitamur arando, Optinia frumeutis : non uUo ex aequorc cernes Plura domuui taidis decedere plaustra juvencis.

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