LIVRE II
Tel encor ce terrain couvert d'un bois stérile , Que son maître rougit de laisser inutile. D'une main indignée il y porle le fer, Détruit les vieux palais des habitants de l'air : L'oiseau tremblant s'enfuit de ses toits qu'on ravage , Et le soc rajeunit cette plaine sauvage.
Mais fuis ce mont pierreux -^^ , dont le maigre terrain Offre à peine à l'abeille un humble romarin ; Fuis de ce tuf ingrat la rudesse indocile , „jl^-^\aa^
Et ce fond plein de craie où gît l'affreux reptil^ t-i NTpî^^^4i- Aucun champ ne fournit à ses enfants impuné '''vS/'H.
Ni d'aliments plus doux ni d'asiles plus sûrs! O ^ -^^
Pour ce terrain poreux *6 où l'air trouve ui|,p4!isage, '^. j- cP Qui pompe sa vapeur et l'exhale en nuage ; -, .-/►> *
Que tapisse à nos yeux un gazon toujours frais, \ '^J^h^'^Vb Où le coûtre brillant ne se rouille jamais , ^*"
Ce fond se prête à tout, pourvu qu'on le cultive ; Il se couvre d'épis, il fait mûrir l'olive. La vigne, si je veux, s'y marie aux ormeaux. Ou dans des prés fleuris il nourrit mes troupeaux
Aut unde iratus silvani devexit arator, Et nemora evertit multos ignava per annos, Antiquasqiie domos avium cum stirpibus imis 210 Emit : illae altum nidis petiere relictis; At rudis enituit impuiso voraere campus.
Nam jejuna quidcin clivosi glarea ruris Vix hurniles apihus casias roremque niinistrat. Et tophus scaher , et nigris exesa cheiydris Creta : negant alios œque serpentibus agros Dulcem ferre cibum , et eurvas prœhere latebras.
Quae tenuem exlialat nebulani fumosque volucrcs, Et bibit humorein, et, quum vult, ex se ipsa reniittit; Quaeque suo viridi semper se gramine vestit , 220 Nec scabie et salsa l<edit rubigine ferrum, nia tibi laetis intexet vitibus iilmos ; nia terax oleae est ; illain experiere colendo , Et facilem pccori , et patienleni vomeris unci. Talem dives arat Capua , et vicina Vesevo
82 LliS GÉORGIQUES.
Telles on aime à voir ^7 ces campagnes fécondes , Que le Clain trop souvent engloutit sous ses ondes : Tels les champs du Vésuve, et ces heureux vallons Dont la riche Capoue admire les moissons.
Apprenons maintenant par quelle épreuve siire On peut des sols divers distinguer la nature. Ici la terre est forte , et Cérès la chérit ; Ailleurs elle est légère, et Bacchus lui sourit. Pour ne pas t'y tromper, que la bêche la sondo. Creuse dans son enceinte une fosse profonde : Ce qui vient d'en sortir, il faut l'y repousser ; Sur ce monceau poudreux bondis pour l'affaisser. Descend-il sous les bords , cette terre est légère ; Là ton troupeau s'engraisse, ou ta vigne prospère. Si cet amas épais, rebelle à ton effort , llefuse de rentrer dans le lieu dont il sort, A la plus forte terre il faut dès lors l'attendre : Que tes plus forts taureaux gémissent pour la fendre.
Mais ce terrain amer qu'aucun soin n'adoucit, Où l'arbre de Pallas jamais ne réussit, Où le cep dégénère, où le blé craint de naître , Apprends par quel moyen tu peux le reconnaître.
Ora jugo , et vacuis Clanius non xqiius Acerris.
Nunc , quo quamque modo possis cognoscere , ilicaiii. Rara sit, an supra morem si densa, reijuiras; Altéra frumentis quoniam favet , altéra Bacclio ; Densa magis Cereri , rarissinia quaeque Lyaeo :
230 Ante locuni capies oculis , alteque jubebis In solido puteuin deniitti, omnemque repones Rursus humura, et pedibus summas aequabis arcnas. Si deerunt, rarum, pecoriiiue et vitibus almis Aptius, uber erit : sin in sua posse negabunt Ire loca, et scrobibus superabit terra rcplelis, Spissus agcr; glebas cunctantes crassaque tcrgu Exspecta , et validis tcrraui proscinde juveucis. Salsa auteni tcllus, et ([ua; perbibetur ainara, Frugibus iiifclix ( ea née niansucscit arando ,
2*0 >ec Bacclio gcnus , aut poniis sua iioinma serv at ' ,