‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 25 sur 59 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

Dès lors plus d'espérance : atteints dans leurs racines , N'attends pas que tes ceps réparent leurs ruines ; La race en est éteinte , et jamais ne revit : L'auteur seul de sa mort, l'olivier, lui survit.

Tu n'iras pas non plus, quand le froid la resserre, Confier vainement tes vignes à la terre : Alors son suc oisif, glacé dans ses canaux , Refuse de nourrir les jeunes arbrisseaux. Avec plus de succès les vignes sont plantées , Soit lorsque, déployant ses ailes argentées, L'ennemi des serpents ^^ vient, après les frimas, Retrouver les beaux jours dans nos riants climats ; Soit lorsque le soleil, sur son char plus rapide. De l'été vers l'hiver conduit l'automne humide.

]Mais le printemps surtout seconde tes travaux ; Le printemps rend aux bois des ornements nouveaux : Alors la terre, ouvrant ses entrailles profondes , Demande de ses fruits les semences fécondes. Le dieu de l'air ^"^ descend dans son sein amoureux, Lui verse ses trésors, lui darde tous ses feux , Remplit ce vaste corps de son âme puissante ; Le monde se ranime, et la nature enfante.

Hoc ubi , non a stirpe valent , caesa?que reverti Possunt , atque ima siniiles revirescere terra : Infelix superat foliis oleaster amaris.

Nec tibi tam prudens quisquam persuadeat atictor Tellurem Borea rigidam spirante raovere.

Rura gelu tum claudit hiems , nec semine jacto Concretam patitur radicem afiigerc terrae. Optiroa vinetis salio, quum vere rubenti 520 Candida venit avis longis invisa colubris ;

Prima vel auctumnisub frigora, quum rapidns Sol Nondura hieinen contingit cquis, jani pra-terit xstas.

Ver adeo frondi uemorum, ver utile silvis : Vere tument terra;, et genitalia scinina puscunt. Tum pater omiiipotciis fecundis imbribus /ICther Conjugis in grcmium laeta; descendit, et oinncs Slagiius alit , magno conimixtus corporc , fctus.

Dans les champs, dans les bois , tout sent les feux d'amour ;

L'oiseau reprend sa voix ; les Zéphyrs de retour

Attiédissent les airs de leurs molles haleines;

Un suc heureux nourrit l'herbe tendre des plaines ;

Aux rayons doux encor du soleil printanier

Le gazon sans péril ose se conOer ;

Et la vigne, des vents bravant déjà l'outrage,

Laisse échapper ses fleurs et sortir son feuillage.

Sans doute le printemps vit naître l'univers ; Il vit le jeune oiseau s'essayer dans les airs; Il ouvrit au soleil sa brillante carrière, Et pour l'homme naissant épura la lumière. Les aquilons glacés et l'oeil ardent du jour Respectaient la beauté de son nouveau séjour. Le seul printemps sourit au monde en son aurore : Le printemps tous les ans le rajeunit encore; Et des brûlants étés séparant les hivers, Laisse du moins entre eux respirer l'univers. '

Tes ceps sont-ils plantés, il faut couvrir de terre. Engraisser de fumier le lit qui les resserre :

Avia tum résonant avibus virgulta caiioris.

Et Venerem certis repetunt armenta diebus. 330 Parturit almus ager : Zephyrique tepentibiis aiiris

Laxant arva sinus; superat tener omnibus humor :

Inque novos soles audent se gramina tuto

Ciedere ; nec metuit surgentes pampinus Austros ,

Aut actum cœlo magnis aquilonibus inibrem ,

Sed trudit gemmas, et frondes explicat omnes. Non alios prima crescentis origine mundi

Illuxisse dics, aiiumve habuisse tenorem

Crediderim. Ver illud erat, ver magnus agebat

Orbis, et hibernis parcebant flatibus Euri : 340 Quum primae lucem pecudes hausere, virumque

Ferrea progenies duris caput extulit arvis,

Immissaeque ferae silvis, et sidéra cœlo.

Nec res hune tenerae possent perferre laborem ,

Si non tanta quies iret frigusque caloremque

Inler, et excipcrct cœli indulgcntia terras.

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