‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 28 sur 59 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

I,e tilleul cependant cède au fer qui le creuse ; l^e buis, au gré du tour, prend une forme heureuse ; L'aune léger fend l'onde ; et des jeunes essaims Le vieux chêne en ses flancs recèle les larcins.

Les trésors de Bacchus valent-ils ces richesses ? Mortels , défiez-vous de ses faveurs traîtresses : C'est par lui que l'on vit les Centaures vaincus, , Et Pholus immolé par la main de Rhétus ; Et le plus menaçant de cette horrible troupe, Hylée, à l'ennemi lançant sa large coupe.

Ah ! loin des Oers combats *'9 , loin d'un luxe imposteur, Heureux l'homme des champs , s'il connaît son bonheur I Fidèle à ses besoins, à ses travaux docile , La terre lui fournit un aliment facile. Sans doute il ne voit pas au retour du soleil. De leur patron superbe adorant le réveil , Sous les lambris pompeux de ses toits magnifiques:", Des (lots d'adulateurs inonder ses portiques ; 11 ne voit pas le peuple y dévorer des yeux De riches tapis d'or, des vases précieux ; D'agréables poisons ne brûlent pas ses veines ; Tyr n'altéra jamais la blancheur de ses laines ;

Cornus; Ityraeos taxi toniuentur in arcus. Nec tiliae levés , aut torno rasile buxum 430 Non formam accipiunt, ferroque cavantur acufo. Nec non et torrentem undam levis innatat alnus. Missa Pado; nec non et apes examina condunt, Corticibusque cavis vitiosa:que ilicis alveo.

Quid mémorandum a;que Baccheia dona tulerunt? Bacchus et ad culpam causas dédit : ille furenles Centauros letlio doniuit, Rhœtumque, Pholumqne, Et magno Hylaeum Lapithis cratère minantera.

O fortunatos nimium, sua si bona norint, Agricolas, quibus ipsa, procul discordibus arniis, 4C0 Fundit humo facilem victum justissima tellus ; SI non ingenteni foribus domus alla superbis Mane salulantum tolis vomit xdibus undam ; Nec varios inliiant pulchra testudine postes ,

96 LES GÉORGIQLES.

Il n'a point tous ces arts qui trompent notre ennui

Mais que lui manque-t-il? la nature est à lui.

Des grottes 71, des étangs , une claire fontaine,

Dont l'onde en murmurant l'endort sous un vieux cliêne :

Un troupeau qui mugit , des vallons , des forêts ;

Ce sont là ses trésors, ce sont là ses palais.

C'est dansJes champs qu'on trouve une mâle jeunesse,

C'est là qu'on sert les dieux, qu'on chérit la vieillesse :

La Justice, fuyant nos coupables climats ,

Sous le chaume innocent porta ses derniers pas.

O V0US72 , à qui j'offris mes premiers sacrifices, Muses , soyez toujours mes plus chères délices ! Dites-moi quelle cause éclipse dans leur cours Le clair flambeau des nuits , l'astre pompeux des jours ; Pourquoi la terre Jremble, et pourquoi la mer gronde; Quel pouvoir fait enfler, fait décroître son onde; Comment 7^ de nos soleils l'inégale clarté S'abrège dans l'hiver, se prolonge en été ; Comment roulent les cieux , et quel puissant génie Des sphères dans leur cours entretient l'harmonie.

Illusasque auro vestes , Ephyreiaque sera ;

Alba neque Assyrio fucatur lana veneno ,

Nec casia IJcjuidi corrumpitur usus olivi :

At secura quies, et nescia fallere vita,

Dives opum variarum; at latis otia fmiilis,

Speluncae , vivique lacus ; at frigida Tempe , ■470 Mugitusque boum , moUesque sub arbore somni

Non absunt. Illic sallus ac lustra ferarum ,

Et patiens operum , parvoque assueta juventiis ,

Sacra deum, sancti([ue patres; extreina per illos

Justitia excedens terris vestigia fecit.

Me vero priraum dulces ante omnia Miisœ ,

Quarum sacra fero ingenti perculsus amore ,

Accipiant, cœlique vias et sidéra monstrent,

Befectus solis varios , Lunaîque labores ;

Unde tremor terris; qua vi maria alta tumescant, 480 Objicibus ruptis, rursusque in se ipsa résidant;

Quid tantum Oceano propcrent se tingere soles

LIVRK II. 97

IVfais si mon sang trop froid m'interdit ces travaux , Kii l)ien , vertes forêts , prés fleuris, clairs ruisseaux , J'irai , je goûterai votre douceur secrète : Adieu , gloire, projets. O coteaux du Taygèle , Par les vierges de Sparte en cadence foulés , Oh ! qui me portera dans vos bois reculés ! Où sont , ô Sperchius , tes fortunés rivages ! Laissez-moi de Tempe parcourir les bocages ; Et vous, vallons d'Hémus , vallons sombres et frais. Couvrez-moi tout entier de vos rameaux épais.

Heureux le sage:^ instruit des lois de la nature, Qui du vaste univers embrasse la structure. Qui dompte et foule aux pieds d'importunes erreurs , Le sort inexorable et les fausses terreurs ; Qui regarde en pitié les fables du Ténare , Et s'endort au vain bruit de l'Achéron avare! ISIais trop heureux aussi qui suit les douces lois Et du dieu des troupeaux et des nymphes des bois ! La pompe des faisceaux , l'orgueil du diadème , L'intérêt?^ , dont la voix fait taire le sang mérue,

Hibemi , vel qiiœ tardis mora noctibus obstct. Sin , bas ne possim naturae accedcre partes , Frigidus obstiterit circum praecordia sanguis , Rura mihi et rigui placeant in vallibus amnes; Flumina aniem silvasque inglorius. O, ubi cann)i , Sperchiusque , et virginibus bacchata Lacsenis Taygeta ! O, qui me gelidis in vallibus Haemi Sistat , et ingenti ramorum protegat lunbra '. *90 Félix qui poluit rerum cognoscere causas, Ati|ue metus otnnes et inexorabile fatum Subjecit pedibus , strepitumque Acberontis avari! Fortunatus et ilie deos qui novit agrestes, Panaque, Silvanuraque senem, Nymphasque sororcs; Illum non populi fasces, non purpura rcgum Flexit, et infidos agitans disconlia fratres , Aut conjurato descendens Dacus ab Histro; Non res Komanx, perituraque régna ; neque ille Aut doluit miserais inopem , aut invidit babenU.

De rister conjuré les bataillons épais ,

Rome , les rois vaincus , ne troublent point sa paix :

Auprès de ses égaux passant sa douce vie ,

Son cœur'*^ n'est attristé de pitié ni d'envie ;

Jamais aux tribunaux , disputant de vains droits ,

La cbicane pour lui ne fit mugir sa voix :

Sa richesse , c'est l'or des moissons qu'il fit naître ;

Et l'arbre qu'il planta chauffe et nourrit son maître.

D'autres, la rame en main , tourmenteront la mer, Ramperont dans les cours, aiguiseront le fer; L'avide conquérant, la terreur des familles, Égorge les vieillards, les mères et les filles, Pour dormir sur la pourpre" , et pour boire dans l'or; L'avare ensevelit et couve son trésor ; L'orateur au barreau , le poète au théâtre , S'eni\Tent de l'encens d'une foule idolâtre ; Le frère égorge un frère , et va sous d'autres cieux Mourir loin des lieux chers qu'habitaient ses aïeux.

Le laboureur en paix coule des jours prospères ; Il cultive le champ que cultivaient ses pères : Ce champ nourrit l'État, ses enfants, ses troupeaux , Et ses bœufs , compagnons de ses heureux travaux.

500 Quos rami fructus, quos îpsa volentia nira Sponte tulere sua , carpsit ; nec ferrea jura , Insanumque forum , aut populi tabularia vidit.

Sollicitant alii remis fréta caeca, ruunt(|ue In ferrum, pénétrant aulas et limina regum : Hic petit excidiis urbcm miserosque pénates, Ut gemma bibat , et Sarrano dorraiat ostro. Condit opes alius, defossoque incubât auro : Ilic stupet attonitus rostris : hune plausus biantem Per cuneos, geminatur enim, plebisque palrumquc 510 Corripuit Gaudent perfusi sanguine fratrum, Exsilioque domos et dulcia limina mutant , At(|ue alio palriam quaerunt sub sole jaeentem.

Agricola incurvo terram dimovit aratro : Ilinc anni labor; liinc patriani parvosque nepotcs

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