LIVRE lir. t
Dans un coin (lu tableau" je mets l'Knvie aux fcrs, Kt j'étale à ses yeux les tourments des enfers : Les serpents d'Alectoii , les ondes de Tantale , La roue infatigable , et la rocbe fatale.
Cependant, ô Mécène , animé par ta voix , Pour guider les troupeaux je rentre dans les bois. Viens : déjà des bergers '^ les trompes m'avertissent ; Déjà des cbiens ardents les clameurs retentissent ; Le coursier frappe l'air de ses hennissements : Le taureau lui répond par ses mugissements ; Et l'écho des forets et l'écho des rivages Se joignent aux concerts de leurs accents sauvages. Achevons de dicter ces champêtres leçons ; Et ma muse bientôt , par de plus nobles sous , Fera vivre les faits du héros que j'adore , Plus longtemps que l'époux de la brillante Aurore.
Veut-on pour vaincre à Pise un coursier généreux , Veut-on pour la charrue un taureau vigoureux , Des mères avec soin il faut choisir l'espèce. Je veux dans la génisse'^ une raàle rudesse,
domina , Trosque parens, et Trojae Cynthius auctor.
Invidia infelis Furias amnemque severum
Cocyti metuet, tortosnue Ixionis angut's ,
Immanenique rotam, et non exsuperabile saxum. 40 luterea Dryadum silvas saltusque sequamuc
Iiitactus, tua, Mœcenas, liaud inollia jiissa.
Te sine nil altum mens inchoat. En âge, segncs
Hunipe raoras ; vocat ingenli clamore Citliœron ,
Taygetique canes , dotnitrixque Epidaurus equorum ;
Et vox assensu nenioruin ingeminatarcniugit.
Mox tamen ardentes accingar dicere pugnas
Caîsaris , et nouien faina tôt ferre per annos ,
Tillioni prima quot abcst ab origine CTsar. Seuquis, Olympiaca; miratus praemia palmae, jO Pascit equos , seu tpiis fortes ad aratra juvencos ,
Corpora praecipue niatrum légat. Optiiiia lon.u
Forma bovis. oui lurpc capiit, cui plurima cervix.
Et cruruiu tenus a meulo palearia pendent.
JO'i LES GEORGIQUliS.
Une oreille velue , un regard menaçant , Des cornes dont les dards se courbent en croissant ; Que son flanc allongé sans mesure s'étende; Vers la terre en flottant que son fanon descende ; Qu'enCn ses pieds , sa têle , et son cou jnonstrueux , De leur beauté difforme épouvantent les yeux.
J'aime aussi sur son corps, taché par intervalles , Et de noir et de blanc les marques inégales ; J'aime à lui voir du joug secouer le fardeau , Par son mufle sauvage imiter le taureau , ]\Ienacer de la corne , et , dans sa marche altière , D'une queue à longs crins balayer la poussière.
L'âge, soit de l'hymen , soit du travail des champs , Après quatre ans commence , et cesse avant dix ans. Ces jours sont précieux : dès le printemps de l'âge Livre au taureau fougueux son amante sauvage: Qu'elle laisse en mourant de nombreux héritiers. Hélas! nos plus beaux jours s'envolent les premiers : Un essaim de douleurs bientôt nous environne ; La vieillesse nous glace, et la mort nous moissonne. Préviens donc leur ravage, et que dans tes troupeau'. L'hymen forme toujours des nourrissons nouveaux.
Tuin longo nuUus lateri modiis ; omnia magna , Pcs etiam, et camuris hirtae sub cornibus aures.
Nec mihi displiceat maculis insignis et albo , Aut juga detrectans, interduinqueaspera cornu, Et faciem tauro propior , quaeque ardua Iota , Et gradiens ima verrit vestigia cauda.
60 ^tas Lucinam justosque pati bynienaeos Desinit ante decem , post quatuor incipit annos : Caetera nec feturae habilis , uec fortis aratris. Interea, superat gregibus dum laeta juventas , Solve mares; mittein Venerem pecuaria prinius, At(iue aliam ex alla generando suffice prolem. Optima ([usque dies miseris mortalibus sévi l'riina fugit : subcunt niorbi tristisque scncctus, Et labor, et durae rapit iiiclementia niortis.
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Dans le clioix des coursiers ne sois pas moins sévère. Du troupeau dès l'enfance il faut soigner le père : Des gris et des baisbruiis '4 on estime le cœur ; Le blanc, l'alezan clair, languissent sans vigueur. L'étalon généreux '^ a le port plein d'audace , Sur ses jarrets pliants se balance avec grâce; Aucun bruit ne l'émeut ; le premier du troupeau Il fend l'onde écumante, affronte un pont nouveau : Il a le ventre court''', l'encolure hardie, Une tête effilée , une croupe arrondie ; On voit sur son poitrail ses muscles se gonfler, Et ses^nerfs tressaillir, et ses veines s'enfler : Que du clairon bruyant '7 le son guerrier l'éveille , Je le vois s'agiter'* , trembler, dresser l'oreille ; Son épine se double '9 et frémit sur son dos; D'une épaisse crinière il fait bondir les flots; De ses naseaux brûlants il respire la guerre ; Ses yeux roulent du feu , son pied creuse la terre.
Tel , dompté par les mains du frère de Castor '"^ , Ce Cyllare fameux s'assujettit au mor :
Semper erunt quarum mutari corpora malis. 70 Semper enim refice ; ac , ne post aniissa requiras ,
Antcveni, et sobolem arraento sortira quotannis. Nec non et pecori est idem delectus equino.
Tu modo , quos in spem statues siihmittere gentis , raecipuum jam inde a teneris impende laborem.
Continuo pecoris generosi pullus in arvis
Altins ingreditur, et mollia crura reponit.
Primus et ire viam , et fluvios tentare minaces,
Audet , et ignoto sese committere ponti :
>"ec vanos horret strepilus. lili ardua cervix, 80 Argntumqae caput, brevis alvus, obesaque terga,