LIVRE IIF
Sur le tendre gazon tomber languissammenl , I.a nuit seule au bercail revenir lentement , Qu'elle meure aussitôt ; le mal , prompt à s'étendre , Deviendrait sans remède , à force d'en attendre.
Autant qu'on voit de (lots se briser sur les mers , Autant dans un bercail régnent de maux divers : Kncor s'ils s'arrêtaient dans leur funeste course ! Pérès , mères , enfants , tout périt sans ressource. — ■^ Timave ^9 , Noricie, ô lieux jadis si beaux , Empire des bergers , délices des troupeaux , (^est vous que j'en atteste : hélas ! depuis vos pertes , Vous n'offrez plus au loin que des plaines désertes.
Là , l'automne exhalant tous les feux de l'été , De l'air qu'on respirait souilla la pureté , Empoisonna les lacs , infecta les herbages , Fit mourir les troupeaux et les monstres sauvages. ]\Iais quelle affreuse mort ! D'abord des feux brûlants (Couraient de veine en veine , et desséchaient leurs flancs ; Tout à coup aux accès de cette fièvre ardente Se joignait le poison d'une liqueur mordante ,
Pascentem , et sers solam decedere nocti ;
Continuo culpam ferro conipesce, priusquam
Dira per incautum serpant contagia vulgus. 470 Non tara creber agens hiemem ruit oequore turbo ,
«)uam multae pecudum pestes; nec singula morbi
Corpora corripiunt : sed tota aestiva repente,
Speraque gregemque simul , cunctamque ab origine gcntem.
Tum sciât , aerias Alpes et Norica si quis
Castella in tumulis , et lapydis arva Timavi ,
Nunc quoque post tanto videat, desertaque régna
Pastorum , et longe saltus lateque vacantes. Hic quondam morbo cœli miseranda coorta est
Tempestas , totoque auctumni incanduit aestu , 480 Et genus omne neci pecudum dédit , omiie feraruni;
Corrupitque lacus , infecit pabula tabo.
Nec via mortis erat simples; sed ubi ignea venis
Omnibus acta sitis miscros adduxerat arlus,
Uiirsus abundabat fluidus liquor , omniaiiuc in se
Qui , dans leur sein livide épanchée à grands (lots , (laicinait lentement et dévorait leurs os. Quelquefois aux autels la victime tremblante Des prêtres en tombant prévient la main trop lente ; Ou , si d'un coup plus prompt le ministre l'atteint , D'un sang noir et brûlé le fer à peine est teint : On n'ose interroger ses libres corrompues , Et les fêtes des dieux restent interrompues. Tout meurt dans le bercail ; dans les champs tout périt ; L'agneau tombe en suçant le lait qui le nourrit ; La génisse languit dans un vert pâturage ; Le chien , si caressant , expire dans la rage ; Et d'une horrible toux 6° les accès violents Étouffent l'animal qui s'engraisse de glands. Le coursier, l'œil éteint et l'oreille baissée , Distillant lentement une sueur glacée , Languit , chancelle , tombe , et se débat en vain : Sa peau , rude , se sèche et résiste à la main ; 11 néglige les eaux , renonce au pâturage , Et sent s'évanouir son superbe courage.
Ossa minutatim morbo collapsa trahebat.
Saepe in honore deum niedio stans hostia ad arani,
Lanea dum nivea circumdatur iiifula vitta,
Iiiter cunctantes cecidit moribunda minislros.
Aut si (luam ferro inactaverat ante sacerdos, 4'JO Inde neque impositis ardent altaria fibris,
Sec responsa polest consultus reddere vates;
Ac vix supposili tiguiitur sanguine cultri ,
Siimmaque jejuna sanie infuscatur arena.
Hinc laetis vituli vulgo moriuntur in heibis,
Et dulces animas plena ad prsesepia reddunt :
Hinc canibus blandis rabies venit, et quatit aegros
■J'ussis anhela sues, ac faucibus angit obesis. Labitur inftlix , studiornm atque immemor hcrlw ,
Victor equus , fontesque avertitur, et pede terrain 500 Crcbra ferit : demissae aures; incertus ibidem
Sudor , et ille quidem morituris frigidus ; arel
l'ollis, et ad tactum tractanli dura resistit.