LIVRE III
Sème d'un sel piquant ^^ l'herbage qu'on leur donne : Il répand dans leur lait un suc qui l'assaisonne ; Et , leur soif plus ardente épuisant les ruisseaux , En des sources de lait ils transforment ces eaux.
Plusieurs , pour conserver ce nectar salutaire , Défendent aux enfants l'approche de leur mère. Les laitages nouveaux du matin ou du jour, On les fait épaissir quand l'ombre est de retour ; - Ceux du soir, dans des joncs tressés pour cet usage , La ville au point du jour les reçoit du village ; Ou , le sel les sauvant des atteintes de l'air, Dans un repas frugal on s'en nourrit l'hiver.
11 faut savoir aussi dresser des chiens fidèles '-"^ : D'un pain pétri de lait nourris ces sentinelles ; Tu braves avec eux et les loups affamés ^^ , Et le voleur nocturne , et les brigands armés : Tantôt tu les verras , pleins d'adresse ou d'audace , Du lièvre ^^ fugitif interroger la trace , Lancer le faon timide , ou dans les bois fangeux Livrer au sanglier un assaut courageux ,
Multi jani excretos prohibent a matribus haedos , Primaque ferratis prœfigunt ora capistris. 400 Quod surgente die mulsere horis(|ue diurnis,
^octe premunt; quod jam lenebris et sole cadente , Sub lucem exportans calathis adit oppida pastor ; Aut parco sale contingunt, hiemique reponutit.
>ec tibi cura canum fuerit postrema ; sed una Veloces Spartae calulos acremque Molossum l'asce sero pingui : nunquam custodibus illis Nocturnuin stabulis furem . incursusque luporum , Aat impacatos a tergo horrebis Hiberos.
Sxpe etiam cursu timidos agitabis onagros , 413 Et canibus Icporem , canibus venabere damas; S«pe volutabris pulsos silvestribus après Latratu turbabis agens, montesque per altos Ingentem clamore premes ad retia cervuni.
Itisce et odoratain stabulis accendere ccdrum , Oalbaueoque agitare graves nidorc cheljdros.
154 LES GÉORGlQUliS.
Ou , par leur course agile et leur voix menaçante , Presser des daims légers la troupe bondissante.
Surtout que le bercail soit purgé de serpents : Poursuis , la flamme en main ^7 , tous ces hôtes rampants. Quelquefois sous la crèche une affreuse vipère Loin du jour importun a choisi son repaire ; Et souvent la couleuvre y roulant ses anneaux , Domestique ennemie , infeste les troupeaux. Dès que tu la verras s'agiter sur la terre , Va , cours , soulève un tronc , saisis-toi d'une pierre ; Malgré ses sifflements , malgré son fier courroux , Frappe : déjà sa tête est cachée à tes coups . Tandis que de son corps , déchiré sur l'arène , Les cercles déroulés la suivent avec peine.
Plus terrible cent fois ce serpent écaillé Qui rampe fièrement sur son ventre émaillc , Qui , dressant dans les airs une crête superbe , Glisse assis sur sa croupe , et se roule sur l'herbe : Quand le printemps humide et l'autan orageux Gonflent les noirs torrents , mouillent les champs fangeux , Il habite des lacs les retraites profondes , Engloutit les poissons et dépeuple les ondes :
Saepe sub immotis praesepibus aut mala tactu Vipera delituit, cœlumque exterrila fugit ; Aut tecto assuetus coluber succedere et umbrre , Pfslis acerba boum, pecorique adspergere virus,
420 Fovit humum. Cape saxa manu , cape lobora , pastor ; Tollentemque minas et sibila colla tumentem Hejice : jamque fuga timidura caput abdidit alte, Ouum medii nexus extremaeque agmina cauda; Solvuntur, tardosque trabit sinus ultimus orbes. Est etiam ille malus Calabris in sallibus aiiguis , Squamea convolvens sublato pectore terga , Atque notis longam maculosus grandibus alvum , (Jui, duni amnes ulli rumpuntur fontibus, et dum Vcre niadcnt udo terra; ac pluvialibus auslris ,
430 Stagna colit; ripis(iue habitans, hic piscibus alram
LivRi: m. i2i
L'été fend-il les champs, a-t'il tari les eaux , Furieux il bondit du fond de ses roseaux , Et , les yeux euflammés et la gueule béante , De sa queue à grand bruit bat la terre brûlante. Me préservent les dieux d'aller dans les forêts Goûter le doux sommeil ou respirer le frais , LprsqiJi^QUbliant ses œufs ou sa jeune famille, Ce monstre , enorgueilli de l'éclat dont il brille , S^s sa nouvelle peau j^^ç^e , agile et veriîieil. Darde une thple langue et s'étale au soleil !
■"Je veux t'apprendre aussi les marques , l'origine Des maux qui d'un bercail entraînent la ruine. Si des buissons aigus , ou les âpres hivers , Ou les eaux de la pluie ont pénétré leurs chairs ; Si , lorsque le ciseau leur ravit leur dépouille , Le bain ne lave pas la sueur qui les mouille , Souvent un mal honteux infecte les agneaux • Pour les en garantir plonge-les dans les eaux ; Que le hardi bélier s'abandonne à leur pente , Et sorte en secouant sa laine dégouttante ;
Improbus ingliiviem ranisque loquacibus cxplet. Postquam exhauta palus, terraeque ardorc dehiscunt, Exsilit in siccuni , et flammantia lumina torqucns Saevit agris, asperque siti atque exterritus seslu. Ne mihi tum molles sub divo carpere somnos , Neu dorso nemoris libeat jacuisse per lierbas , yuum, positis uovus exuviis nitidusque, juventa Volvitur , aul catulos tectis aut ova relinquens, Ârduus ad solem, et linguis micat ore trisulcis! '(40 Morborum quoque te causas et signa docebo. Turpis oves tentât scabies , ubi frigidus imbei' Altius ad vivuni persedit , et horrida cano Bruraa gelu ; vel quuni tonsis illotus adhxsit Sudor, et hirsuti secuerunt corpora vêpres. Dulcibus idcirco (luviis pecus omne magistri
Perfundunt, udisque aries in gurgite villis •
Mersalur, missusque secundo dcfluit anmi ; Aut tonsuiu trisli contingunt corpus aiuurca ,
126 LES GÉORGIQUIÎS.
Ou bien enduis leur corps , privé de sa toison, De la graisse du soufre et des sucs de l'oigaou ; Joins-y des verts sapins la résine visqueuse , L'écume de l'argent, une cire onctueuse , Et la fleur d'Anticyre , et le bitume noir, Et le marc de l'olive enlevé du pressoir ; Ou plutôt , pour calmer la sourde violence ^.
D'un mal qui se nourrit et s'accroît en silence , Hâte-toi : que l'acier, sagement rigoureux , S'ouvre au sein de l'ulcère un chemin douloureux. C'en est fait des troupeaux si les bergers , tranquilles, Ise combattent le mal que par des vœux stériles. Même quand la douleur, pénétrant jusqu'aux os. D'un sang séditieux fait bouillonner les flots , Sous le pied des brebis que la Gèvre ravage Qu'à ces flots jaillissants le fer ouvre un passage ; Art connu , dans le ISord^** , de ces peuples guerriers Qui rougissent leur lait du sang de leurs coursiers.
Vois-tu quelque brebis chercher souvent l'ombrage , Effleurer à regret la pointe de l'herbage ,
Et spumas miscent argent! , vivaque sulfura,
4j0 Idœasque pices , et pingues unguine ceras ,
.Scillamque, elleborosque graves, nigruiiKiiie bilumcii. ^on tatnen ulla magis praesens fortuna laboruiii est, Quam si quis ferro potuit rescindere summum Llceris os. Alitur vitiura , vivitque tegendo, Dura medicas adhibere manus ad vulnera pastor Abnegat, aut meliora deos sedet omina poscens. «Juin etiam, inia dolor balantum lapsus ad ossa Quum furit, atque arlus depascitnr arida febris, Profuit incensos aestus avertere, et inter
460 Ima ferire pedis salientem sanguine venam ; Bisallae quo more soient , acerque Celotms, Quum fugit in Rhodopen, atque in déserta Gelaruin , Et lac concretum cura sanguine potat equino.
Quara procul aut molli succedere sspius umbra; Videris, aut summas carpentem ignavius herbas , Extremaraque sequi , aut medio procumbere campo