LIVRE IV. i;j
l".l rangés près du roi, defiaiit son rival,
Par des cris belliqueux demandent le signal.
Dans un beau jour d'été soudain la charge sonne :
Ils s'élancent du camp, et le combat se donne ;
1/air au loin retentit du choc des bataillons;
Le globe ailé s'agite, et roule en tourbillons ;
Précipité des cieux , plus d'un héros succombe.
Ainsi pleuvent les glands, ainsi la grêle tombe.
A leur riche parure, à leurs brillants exploits,
Au fort de la mêlée on distingue les rois;
Ils pressent le soldat, ils échauffent sa rage.
Et dans un faible corps s'allume un grand courage '^' :
INIais tout ce fier courroux, tout ce grand mouvement ,
Qu'on jette un peu de sable, il cesse en un moment.
Quand les rois ont quitté les plaines de Bellone, Donne au vaincu la mort, au vainqueur la couronne. Aisément on connaît le plus vaillant des deux : De sa tunique d'or l'un éblouit les yeux ; Tv'autre, à regret montrant sa figure hideuse. Traîne d'un ventre épais la masse paresseuse.
S|iicula(|ne csacuunt rostris , aptantiiue laccrlos ,
Et ciica regem atque ipsa ad prx'toria densae
MiscPiitur, magnisque vocant clamoribus hostem.
Ergo, ubi ver nactae sudum camposque patentes,
Enimpunt portis, concurritur; aethore in alto
Fit sonitus, magnum mixtae glomerantur in orbcm , SO.l'rx-cipitesque cadunt. Non densior aère grando ,
Nc'o de concussa tantum pluit'ilice glandis.
Ipsi per médias acies, insignibus ails,
Ingentes animos angusto in pectore versant,
L'sijue adeo obnixi non cedere, dum gravis autlios
Ant bos versa fuga Victor dare terga subegit.
lli motus animorum , atque baec certamina tanta
l'ulveris exigui jactu compressa quiescunt. Verum ubi ductores acie revocaveris ambo ,
Deterior qui visus, eum , ne prodigus obsit , a.) Dede neci : melior vacua sine rcgnet in aula.
Aller erit maculis auro S(iualentibus ardens;
>aiu duo suiit gcnera ; hic mcliore , insignis et orc,
Il faut, comme les rois"', distinguer les sujets. Les uns n'offrent aux yeux que d'informes objets : Leur couleur est pareille à la poussière humide Que chasse un voyageur de son gosier aride : Les autres sont polis, et luisants, et dorés. Et d'un brillant émail richement colorés. Préfère cette race : elle seule, en automne, T'enrichira du suc des fleurs qu'elle moissonne ; Elle seule, au printemps, te distille un miel pur. Qui dompte l'âpreté " d'un vin fougueux et dur.
Cependant si ce peuple, en son humeur volage, Quittait ses ateliers, suspendait son ouvrage. Sans peine on le rappelle à ses premiers emplois. Arrache '^ seulement les ailes de ses rois ; Quels sujets oseront quand leur chef est tranquille Abandonner leur poste et déserter la ville ?
Toi-même, pour flxer leurs folâtres humeurs, Parfume tes jardins des plus douces odeurs ; Ombrage de pins verts les dômes qu'ils habitent ; Que les vapeurs du thym au travail les invitent ;
Et rutilis clarus squamis : ille horridus altcr Desidia, latamque traliens inglorius alvum.
Ut binœ regum faciès, ita corpora plebis : NanKjue aliae turpes horrent, ccu pulvere ab alto Quum venit, et sicco terrain spuit ore viator , Aridus ; elucent aliae , et fulgoie coriiscant Ardentes auro , et paribus lita corpora guttls. KO Ilicc potior soboles : bine cœlf tempore certo IJulcia mella premes, nec tanturn dulcia quantum Et liquida , et dnrnm Bacchi domitura saporein.
At quum incerta volant, cœloque examina ludnnt, Contemnuntque favos, et frigida tecta relinquunt, Instabiles animes ludo prohibebis inani. Nec magnus prohibere labor. Tu regibus alas Eripe : non illis quisciuam cunctantibus altum Ire iter, aut castris audebit vellere signa.
Invitent croceis halantes (loribus horti , 1 10 Et custos furum atque avium cum falcc saligna llellespontiaci scrvet tutela Priapi.
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Que Priape '^, eu ces lieux, écarte avec sa faux Kt la main des voleurs et le bec des oiseaux ; Fais-y naître des fruits, fais-y croître des plantes , Et verse aux tendres fleurs des eaux rafraîchissantes.
Si mon vaisseau •^, longtemps égaré loin du bord, Ke se hâtait enfln de regagner le port, Peut-être je peindrais les lieux chéris de Flore ; Le narcisse'^ en mes vers s'empresserait d'éclore ; Les roses '^ m'ouvriraient leurs calices brillants ; Le tortueux concombre arrondirait ses flancs; Du persil toujours vert , des pâles chicorées , Ma muse abreuverait les tiges altérées; Je courberais ■: le lierre et l'acanthe en berceaux ; Et le myrte amoureux ombragerait les eaux.
Aux lieux où le Galèse'*, en des plaines fécondes, Parmi les blonds épis roule ses noires ondes, J'ai vu, je m'en souviens , un vieillard fortuné , Possesseur d'un terrain longtemps abandonné. C'était un sol ingrat, rebelle à la culture , Qui n'offrait aux troupeaux qu'une aride verdure ; Ennemi des raisins, et funeste aux moissons : Toutefois en ces lieux hérissés de buissons ,
Ipse tbymuin pinosque ferens de montibus aitis Tecta serat late circuni , cui talia curae ; Ipse labore manum duro terat ; ipse feraces Figat hurao plantas, et amicos irriget imbres.
Atque equidem, extremo ni jam sub fine lalxirimi Vêla traham, et terris feslinem adverlere prorain, Forsitan et pingues hortos quœ cura colenJi Ornaret, canerem , biferique rosaria Pœsti; 120 yuoque modo potis gauderet intyba rivis , Et virides apio ripœ , tortusque per herbam Cresceret in ventrem cucuniis; nec sera comantera Narcissuin, aut flexi tacuissem vimen acanthi, Pallentesque hederas , et amantes litora niyrtos.
Nanique sub Œbalix memini me lurribus arcis, yua niger humectât flaventia culta Galesus,
l'«0 Li:S GEORGIQUtS.
Vn parterre de fleurs , quelques plantes heureuses
Qu'élevaient avec soin ses mains laborieuses ,
Un jardin, un verger, dociles à ses lois,
Lui donnaient le bonheur, qui s'enfuit loin des rois.
Le soir, des simples mets que ce lieu voyait uaître
Ses mains chargeaient, sans frais, une table chanipêlre
Il cueillait le premier les roses du printemps ,
Le premier de l'automne amassait les présents ;
Et lorsque autour de lui, déchaîné sur ia terre.
L'hiver impétueux brisait encor la pierre,
D'un frein de glace encore enchaînait les ruisseaux.
Lui déjà de l'acanthe '9 émondait les rameaux ; ^
Kt, du printemps tardif accusant la paresse.
Prévenait les zéphyrs, et hâtait sa richesse.
(]hez lui le vert tilleul tempérait les chaleurs;
Le sapin '" pour l'abeille y distillait ses pleurs :
Aussi, dès le printemps, toujours prêt à renaître,
D'innombrables essaims enrichissaient leur maître ;
11 pressait le premier ses rayons toujours pleins,
Kt le miel le plus pur écumait sous ses mains.
Jamais Flore cliez lui n'osa tromper Pomoae :
Chaque fleur du printemps était un fruit d'automne.
Corycium vidisse senem , ciii pauca relicti
.Ingéra ruris eraiit ; nec fertilis illa juvcncis ,
Ncc pecori opportuna seges, nec coiiimoda Haccho. 150 liic larum tamen in duniis o.lus, albaquc circuni
l.ilia, verbenasiiue premens, vescumque papavcr,
Isegum aequabat opes aniniis, seraque reverltns
>ocle doinuni dapibus mensas onerabat ineniplis.
l'rimus vere rosani atque auctumno carpere poma ;
Et (|nuni tristis hienis etiamnum frigore saxa
Kuniperet, et glacie cursus frenaret aquannn,
nie comain mollis jam tum tondebal acantlii ,
/Estateni increpitans seram, Zepbyros(|ne niorantes.
Ergo apilius fetis idem atque examine niulto 4 'lO Trimus abundaie, et spuinanlia cogère pressis
Mclla favis : illi tilia?, atque ubcrrima pinus;
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Il savait alitrner", pour le plaisir des yeux. Des poiriers déjà forts, des ormes déjà vieux , Kt des pruniers greffés, et des platanes sombres Qui déjà recevaient les buveurs sous leurs ombres. ]\Iais d'autres chanteront les trésors des jardins ; Le temps fuit; je revole aux travaux des essaims.
Jadis parmi les sons des cymbales bruyantes. L'abeille, secondant les soins des Corybautes, Nourrit dans son berceau le jeune roi du ciel : Son admirable instinct fut le prix de son miel.
Chez elle les sujets unissent leurs fortunes ; Les enfants sont communs, les richesses communes : Elle bâtit des murs, obéit à des lois, Et prévoit aux temps chauds les besoins des temps froids. L'une ^^ s'en va des fleurs dépouiller le calice; L'autre d'un suc brillant et des pleurs du narcisse Pétrit "^ les fondements de ses murs réguliers , Et d'un rempart de cire entoure ses foyers; L'autre '-• forme un miel pur d'un essence choisie. Et comble ses celliers de sa douce ambroisie ;
Quoique in flore novo pomis se fertilis arbos Induerat , totidem auctumno matura tenebat. llle etiam seras in versum distuiit ulmos, Eduramque pirum , et spinos jam pruna ferentes , Jainque ministrantem platanuni polantibus unibras. Verum haec ipse equidem spatiis exclusus iniquis Praîteceo, atque aliis post me meraoranda relin.|uu.
Nune âge , naturas apibus quas Jupiter ipsc 150 Addidit, expediara, pro qua mercede, canoros Curetum sonitus crepitantiaque xra secutx , Dictaeo cœli regem pavere sub antro.
Soiae communes natos, consortia tecta l^rbis habent, magnisque agitant sub legibus x-vuiu, Kt patriam solae et certes novere pénates ; Venturaque hiemis memores aestate laborem l.xperiuntur, et in médium quxsita reponunt. Namquc alise viclu invigilant , et ftrdure paclo Excrccnlur agris ; pars iiitra septa dumuruiii
L'autre '^ élève à l'État des enfauts précieux : Celles-ci tour à tour vont observer les cieux ; Plusieurs font sentinelle, et veillent à la porte ; Plusieurs vont recevoir les fardeaux qu'on apporte ; D'autres livrent la guerre au frelon dévorant : Tout s'empresse; partout coule un miel odorant.
Tels les fils de Vulcain , dans les flancs de la terre Se hâtent à î'envi de forger le tonnerre : L'un, tour à tour, enferme et déchaîne les vents ; L'autre plonge l'acier dans les flots frémissants ; L'autre du fer rougi tourne la masse ardente : L'Etna tremblant gémit sous l'enclume pesante ; Et leurs bras vigoureux lèvent de lourds marteaux, Qui tombent en cadence et domptent les métaux.
Tels, aux petits objets si les grands se comparent, En des corps différents ^^ les essaims se séparent. La vieillesse d'abord préside aux bâtiments , Dessine des remparts les longs compartiments ;
160 Narcissi lacrimam, et lentum de cortioe gluten , Prima favis ponunt fundamina; deinde tenaces Suspendant ceras : aliœ, spem gentis, adiiitos Educunt fétus : alix purissiina mella Stipant, et liquide distendant nectare cellas. Sunt quibus ad portas cecidit custodia sorti ; Inque vieem speculantur aquas et nubila cœli ; Aut onera accipiunt venientura , aut agmine facto Ignavum fucos pecus a prœsepibus arcent. Fervet opus, redolentque tliymo fragrantia mella. ,170 Ac veluti lentis Cyclopes fulmina massis Quum properant, alii taurinis follibus auras Accipiunt redduntque; alii stridentia tingunt ^ra iacu : gémit impositis incudibus JEtna. Illi inter sese magna vi brachia toUunt In numerum , versantque tenaci forcipe ferrum. Non aliter, si parva licet componere niagnis, Cecropias innatus apes amor urget habendi , Munerc quamque suo. Grandxvis oppida curue , Et niunirc favos . et Dœdala fingere lecta