‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 50 sur 59 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Hélas ! parmi les dieux j'espérais des autels, Kt je languis sans gloire au milieu des mortels! Ce prix de tant de soins qui charmait ma misère, Ries essaims ne sont plus ; et vous êtes ma mère ! Achevez ; de vos mains ravagez ces coteaux, Embrasez mes moissons, immolez mes troupeaux ; Dans ces jeunes forêts allez porter la flamme, Puisque l'honneur d'un (Ils ne touche point votre âme. »

Cyrène entend sa voix au fond de son séjour : Près d'elle, en ce moment, les nymphes de sa cour •: Filaient d'un doigt léger des laines verdoyantes ; Leurs beaux cheveux tombaient en tresses ondoyantes. Là sont la jeune Opis aux yeux pleins de douceur, Et Clio toujours fière, et Béroé sa sœur : Toutes deux se vantant d'une illustre origine, Étalant toutes deux l'or, la pourpre, et l'hermine; Et la brune ]Nésée, et la blonde Phyllis , Thalie au teint de rose, Éphyre au sein de lis ; Près d'elle Cymodoce à la taille légère, Cydippe vierge encor, Lycoris déjà mère ;

Pulsus amor ? quid me cœlum sperare jubebas?

En etiani hune ipsum vitae mortalis honorcni ,

Quem mihi vis frugum el pecudum eustodia soleis

Omnia tentant! extuderat, te raatre, relinquo!

Quin âge , et ipsa manu felices crue sjlvas ; 350 Fer stabulis inimicuni ignem, atque interfice messtxs;

rre sata, et validam in viles molire l)ipennem ,

Tauta raeae si te ceperunt tsedia iaudis. » At mater sonitum tlialatno sub fluminis alti

Sensit : eam circum Milesia vellera Nymphœ

Carpebant , hyali saturo fucata colore ;

Drj moque, Xanthoque, Ligeaque, Phyllodoceque ,

(>aesariem effusœ nitidam per candida coUa ;

Nesaee, Spio(iue, Thaliaque, Cymodoceque,

Cydippeque, et flava Lycorias; altéra virgo, 340 Altéra lum primos Lucinœ experta labores;

Clioque, et Beroe soror , Oceanitides aniba; ,

Amba? auro , piclis incinctoe pcllibus ainbic;

Vous, Aréthuse, enfin, que l'on vit autrefois Presser d'un pas léger les habitants des bois.

Pour charnier leur ennui, Clymène au milieu d'elles Leur racontait des dieux les amours infidèles. Et Vénus de Vulcain trompant les yeux jaloux. Et le bonheur de INIars, et ses larcins si doux. Tandis qu'à l'écouter les Nymphes attentives Font tourner leurs fuseaux entre leurs mains actives, Du malheureux berger la gémissante voix Parvient jusqu'à sa mère une seconde fois. Cyrène s'en émeut; ses compagnes timides Ont tressailli d'effroi dans leurs grottes humides : Aréthuse, cherchant d'où partent ces sanglots, , Montre ses blonds cheveux sur la voûte des flots : « O ma sœur ! tu sentais de trop justes alarmes ; Ton fils, ton tendre fils, tout baigné de ses larmes, Paraît au bord des eaux accablé de douleurs ; Et sa mère est, dit-il, insensible à ses pleurs. »

« IMon fils ! répond Cyrène en pâlissant de crainte ; Qu'il vienne : et quel est donc le sujet de sa plainte.^ Qu'on amène mon fils, qu'il paraisse à mes yeux; Mon fils a droit d'entrer dans le palais des dieux :

Atque Ephyre , atque Opis , et Asia Deiopeia , Et tandem positis velox Arethusa sagittis.

Inter quas curam Clymene narrabat inanetn Vulcani, Martisque dolos, et dulcia furta; Atque chao densos divuni numerabat amores. Carminé quo captae, dum fusis mollia pensa Devolvunt , iterum maternas impulit aures 360 Luctus Arislaei , vitreisque sedilibus omnes Obstupuere ; sed ante alias Arethusa sorores Prospiciens, sunima flavum caput extulit unda; Et procul : « O geinitu non frustra exterrita taiito , Cyrène soror! ipse tibi , tua maxima cura, Tristis Aristoeus Penei genitoris ad undam Stat lacrymans , et te crudeleni nuniine dicit. »

Huic percussa nova mentera formidine mater : * Uuc, âge, duc ad uoa; fas ilU limina tUvuui

Page 1