‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 51 sur 59 · LIVRE W · texte numérisé non relu

LIVRE W

Fleuve, retire-toi. » L'onde respectueuse ,

A ces mots suspendant sa course impétueuse,

S'ouvre, et, se repliant en deux monts de cristal ,

Le porte mollement au fond de son canal. .

Le jeune dieu descend ; il s'étonne, il admire Le palais de sa mère et son liquide empire ; Il écoute le bruit des flots retentissants , Contemple le berceau de cent fleuves naissants 4^, Qui, sortant en grondant de leur grotte profonde , Promènent en cent lieux leur com-se vagabonde. De là partent le Phase et le vaste Lycus , Le père des moissons, le riche Caicus , L'Énipée orgueilleux d'orner la Thessalie; Le Tibre, encor plus fier de baigner l'Italie, L'Hypanis se brisant sur des rochers affreux, Et l'Anio paisible, et l'Kridan fougueux. Qui, roulant à travers des campagnes fécondes. Court dans les vastes mers ensevelir ses ondes.

I^Iais enfin il arrive à ce brillant palais Que les flots ont creusé dans un roc toujours frais :

Tangere, ait. » Simul alla jubet discedere late 560 Fluniiiia , qua juvenis gressus inferret : at iUum

Curvata in niontis faciem circurastelit unda ,

Accepitque sinu vasto , misitque sub amnem. Jamque domum mirans genitricis , et liumida régna ,

Speluncisque lacus clauses, lucosquesonantes,

llMt , et , ingenti motu stupefactus aquarum ,

Omnia sub magna labentia flumina terra

Spectabat diversa locis , Phasiinque , Lycuinque ,

Et caput, unde altus primum se erumpit Enipeus;

Inde pater Tiberinus, et unde Aniena fluenta, a70 Saxosumque sonans Hypanis, Mysusque Caicus,

Et gemina auratus taurino cornua vultu

Eridanus , quo non alius per pinguia culta

In inare purpureum violentior effluit amnis. Postquam est in thalanii pendentia puinice tecta

Pcrventum, et nati fletus cognovit inanes

Cyrene, uianibus liquidos dant ordinc fontes

Sa mère en l'écoutant, sourit et le rassure ;

Les Nymphes sur ses mains épanchent une eau pure,

Offrent pour les sécher de fins tissus de lin ;

On fait fumer l'encens, on fait couler le vin.

« Prends ce vase, ô mon fils : afin qu'il uoas seconde ,

Invoquons l'Océan 49, le vieux père du monde.

Et vous, reines des eaux, protectrices des bois ,

Entendez-moi, mes sœurs. » Elle dit ; et trois fois

Le feu sacré reçut la liqueur pétillante :

Trois fois jaillit dans l'air une flamme brillante.

Elle accepte l'augure , et poursuit en ces mots :

« Protée 5o , ô mon cher fils, peut seul finir tes maux. C'est lui que nous voyons , sur ces mers qu'il habite , Atteler à son char les monstres d'Amphitrite. Pallène^^ est sa patrie ; et , dans ce même jour, Vers ces bords fortunés il hâte son retour. Les Nymphes , les Tritons , tous , jusqu'au vieux Nérée , Respectent de ce dieu la science sacrée ; Ses regards pénétrants , son vaste souvenir. Embrassent le présent , le passé , l'avenir ;

Gernianae , tonsisque ferunt raantelia villis. Pars epulis onerant inensas, et plena reponuiit Pocula : Panchaeis adolescunt ignibus arae.

j80 Et mater : « Cape Maeonii carchesia Baccbi ; Oceano libemus , » ait. Simul ipsa precatur Oceanumque patrem rerura , Nymphasque sorores , Centum quae silvas, centura quse flumina servant. Ter liquide ardentem perl'udit nectare Vestam : Ter flainma ad summum tecti subjecta reluxit. Cmine quo firmans animum , sic incipit ipsa :

« Est in Carpatbio Neptuni gurgite vates Caeruleus Proteus, magnum qui piscibus xquor €t juncto bipedum curru metitur equorum.

590 Hic nunc Emathiae portus patriamque revisit Pallaenen ; hune et Nymphae veneramur , et ipso Grandœvus Nereus; novit namque orania vates , Quaîsint, quae fucrint, quae mox ventura tralianlur. Quippe ita Neptuno visum est , immania cujus

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