LIVRE I
Télliys t'offre sa fille ; cl , roi des mers profondes, Tu recevras pour dot tout l'empire des ondes. Peut-être, plus voisin de tes nobles aïeux, IS'ouveau signe d'été 9, veux-lu briller aux cieux? Le Scorpion brûlant '" déjà loin d'Krigone S'écarte avec respect, et fait place à ton trône. Choisis : mais garde-toi d'accepter les enfers! Qu'on vante l'Klysée et ses bois toujours verts ; Fière d un sceptre affreux, que Proserpine y règne; Toi, je veux qu'on t'adore, et non pas qu'on te craigne. De nos cultivateurs viens donc guider les mains, Et commence par eux le bonheur des humains.
Quand la neige au printemps" s'écoule des montagnes , Dès que le doux zéphyr amollit les campagnes, Que j'entende le bœuf gémir sous l'aiguillon; Qu'un soc longtemps rouillé brille dans le sillon. Veux-tu voir les guérets combler tes vœux avides ? Par les soleils brûlants '^, par les frimas humides , Qu'ils soient deux fois mûris et deux fois engraissés : Tes greniers crouleront sous tes grains entassés.
Anne novum tardis sidus te mensibus addas , Qua locus Erigonen inter Clielasque sequentes l'anditur; ipse tibi jam brachia conlrahit ardens Scorpius, et cœli justa plus parte relinquit : Ouidquid eris , nain te nec sperent Tartara regem , Née tibi regnandi veniat tara dira cupido, Quainvis Elysios mirelur Gra?cia campos, Nec repetita sequi curet Proserpina matrem; 40 Da facilem cursum , atque audacibus annuc cœptis , Ignarosque \ix mecuin miseratus agrestes, Ingredere , et votis jam nunc assuesce vocari.
Vcre novo, gelidus canis quum montibus liumur Li(|uitur, et zephyro putris se gleba resolvit, Depresso incipiat jam tum mihi tam'us aralro Ingemcres, et sulco altritu splenUescere vomcr. Illa seges demum votis respotidet avari Agriculx , bis qiix soiem , bis frigora sciisit : Illius immcnsae ruperunt borrea messes.
42 LES CÉORCIQUES.
Toutefois dans le sein d'une terre inconnue ' ■* ]Ne va point vainement enfoncer la cliarrue : Observe le climat, connais l'aspect des cieux, L'influence des vents, la nature des lieux. Des anciens laboureurs l'usage héréditaire , Et les biens que prodigue ou refuse une terre. Dans ces riches vallons la moisson jaunira ; Sur ces coteaux riants la grappe noircira : Ici sont des vergers qu'enrichit la culture ; Là règne un vert gazon qu'entretient la nature ; Le Tmole "i est parfumé d'un safran précieux; Dans les champs de Saba l'encens croît pour les dieux L'Euxin '5 voit le castor se jouer dans ses ondes ; Le Pont ''' s'enorgueillit de ses mines fécondes ; L'Inde produit l'ivoire ; et dans ses champs guerriers L'Épire, pour l'Éhde, exerce ses coursiers.
Ainsi jadis le ciel partagea ses largesses , Lorsqu'un mortel, sauvé »7 des ondes vengeresses. De fertiles cailloux semant d'affreux déserts , D'hommes laborieux repeupla l'univers.
Connais donc la nature, et règle-toi sur elle. Si ton terrain est gras , dès la saison nouvelle
50 At prius ignotum ferro quam scindinius acquor, Ventos et varium cœli prœdiscere morein Cura sit , ac patrios cultusque habitusque locorum , Et quid quaeque ferat regio , et quid qiiaeque recust.t. Hic segetes, illic veniunt felicius uvœ; Arborei fétus alibi, atque injussa virescunt Gramina. Nonne vides, croceos ut Tmolus odores, India miltit ebur, molles sua tura Sabaei? At Chalybes nudi ferrum , virosaque Pontus Castorea , Eliadum palnias Epiros equanim ?
60 Continue bas leges aeternaque fœdera certis Iniposuit natura locis, quo tempore primuni Deucalion vacuum lapides jactavit in orbcni, Ijnde homines nati, duruin gcnus. Eigo âge, terra; PingHC solum primis exteniplo a mensibus anni, Fortes invertant tauri , glebasquc jacentes