LIVRE I
Qu'on y plonge le soc, et que l'été poudreux Mûrisse les sillons embrasés par ses feux ; l\Iais si ton sol ingrat n'est qu'une faible arène, Qu'au retour du Bouvier •* le soc l'effleure à peine. Ainsi l'un perd l'excès de sa fécondité ; L'autre de quelque suc est encore humecté.
Qu'un '9 vallon moissonné dorme un an sans culture; Son sein reconnaissant te paye avec usure : On sème un pur froment dans le même terrain Qui n'a produit d'abord que le frêle lupin '°, Ou la vesce légère ou ces moissons bruyantes De pois retentissants dans leurs cosses tremblantes. Pour l'avoine et le lin '•, et les pavots brûlants. De leurs sucs nourriciers ils épuisent les champs : La terre toutefois " , malgré leurs influences, Pourra par intervalle admettre ces semences, Pourvu qu'un sol usé, qu'un terrain sans vigueur, Par de riches engrais raniment leur langueur. La terre ainsi repose en changeant de richesses; Mais un entier repos redouble ses largesses.
Pulverulenta coquat maturis solibus xstas.
At si non fuerit tellus fecunda , snb ipsum
Arcturam tenui sat erit suspendere sulco. . Illic , officiant tetis ne frugibus herbae ; 70 Hic , sterilera exiguus ne dcserat humor arenara. Alternis idem tonsas cessare novales,
Et segnem patiere situ durescere campum ;
Aut ibi flava seres , mutato sidère , farra ,
Imle prias laetum siliqua quassante legumen,
Aut tenuis fétus vicia; , tristisque lupini
Susluleris fragiles calamos silvamqne sonantcm,
ITrit eniin Uni campum seges, urit avenae ,
Irunt lethaeo perfusa papavera somno.
Sed tamen alternis facilis labor ; arida tantum 80 Ne saturare fimo pingui pudeat sola, nevc
Effctos cinercm immundum jaclare pcr agros.
Sic quo(|ue miitatis requiescunt fetibus arva ;
>ec nulla inlerea est inaralae gratia Icrra;.
Cérès approuve encor que des chaumes flétris ■ I^ flamme en pétillant dévore les débris : Soit que les sels heureux d'une cendre fertile Deviennent pour la terre un aliment utile; Soit que le feu l'épure, et chasse le venin Des funestes vapeurs qui dorment dans son sein ; Soit qu'en la dilatant par sa chaleur active Il ouvre des chemins à la sève captive ; Soit qu'enfin, resserrant les pores trop ouverts D'un sol que fatiguait l'inclémence des airs, Aux froides eaux du ciel, au souffle de Borée, Au soleil dévorant, il en ferme l'entrée.
Vois-tu ce laboureur ^4, constant dans ses travaux. Traverser ses sillons par des sillons nouveaux ; Écraser, sous le poids des longs râteaux qu'il traîne, Les glèbes dont le soc a hérissé la plaine, Gourmander sans relâche un terrain paresseux ? Cérès à ses travaux sourit du haut des cieux.
J'aime des hivers secs ^- et des étés humides : L'été des sillons frais, l'hiver des champs arides ,
Saep« etiam stériles incendere profuit agros, Atque levem stipulam crepitantibus xirere flsmmis : Sive inde occultas vires et pabula terrae Pinguia concipiunt; sive illis omne per igncm Excoquitur vitium, atque exsudât inutilis humer ; Seu plures calor ille vias et caeca relaxât
90 Spiramenta, novas veniat qua succus in herbas; Seu durât magis , et venas astringit hiantes , Ne tenues pluvia; , rapidive potentia solis Acrior, aut Borece penetrabile frigus adurat.
Multum adeo, rastris glebas qtii Irangit inertes, Vimineasque trahit cratcs, juvat arva; neque illuiii Flava Ceres alto ncijuidquam spectat Olympo ; Et qui , proscisso quœ suscitât ïquore terga, Kursus in ol)liquuui verso perrumpit aratro, Exercetque frequens tellurem , atque imperat arvis.
100 Humida solstitia atque hicmes orale scrcnas, Agricolae : hiberno lœtissiuia pulvere farra.