‹ Œuvres choisies de DescartesChapitre 27 sur 119 · PAR M. HOBBES AVEC LES RÉPONSES DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PAR M. HOBBES AVEC LES RÉPONSES DE L'AUTEUR

I. Il y a longtemps qu'on a remarqué l'incertitude des choses sensibles. L'auteur auroit dû s'abstenir de publier des observations si anciennes.

Réponse. On ne les a pas publiées pour acquérir de la gloire, mais pour décrire la maladie dont on vouloit enseigner le remède.

II. De ce que je pense, on peut inférer que je suis, mais non pas que je suis un esprit. On ne peut concevoir un acte sans un sujet ; la pensée sans une chose qui pense, et par conséquent sans quelque chose de corporel, car tout sujet est considéré comme matériel.

Réponse. J'ai ajourné la question de savoir si tout ce qui pense est corporel. Tout le monde distingue des substances spirituelles et des substances corporelles.

III. L'entendement et le sujet qui entend sont deux choses différentes.

Réponse. Je ne nie pas que moi qui pense je ne sois distinct de ma pensée; mais je ne m'attache en cet endroit qu'à la distinction des différentes manières de penser.

IV. L'auteur n'établit pas bien la différence qui existe entre l'imagination et V entendement. Imaginer, c'est avoir quelque idée, et entendre, c'est conclure par le raisonnement que quelque chose existe. Mais si le raisonnement n'étoit qu'un assemblage de noms, par le mot est, nos conclusions ne porteraient pas sur la nature des choses, mais seulement sur l'accord des appellations que nous leur aurions imposées. De sorte qu'il faudrait rapporter le raisonnement aux noms, les noms à l'imagination, et l'imagination au mouvement des organes corporels.

Réponse. Le raisonnement n'assemble pas les noms, mais les choses signifiées par ces noms. Pour imposer des noms, il faut connoîlre les choses. Si l'on affirme que l'esprit est un mouvement, on peut tout aussi bien affirmer que la terre est le ciel.

V. L'idée étant une image, nous n'avons pas idée de Dieu. Réponse. J'entends quelquefois par idée tout ce qui est immédiatement conçu par l'esprit.

VI. Dans la volonté ou dans la crainte, il y a rien autre chose que l'idée de l'objet, et un mouvement du corps pour le rechercher ou le fuir; ce mouvement n'est pas une pensée ; il n'y a

donc rien de plus dans la crainte et la volonté que dans l'idée. Le jugement n'est que la jonction d'un nom à une idée, et en conséquence n'ajoute rien à l'idée.

Réponse. C'est autre chose de voir un lion, autre chose de le craindre ; et voir un homme qui court, n'est pas assurer qu'on le voit.

VII. Comme il n'y a point d'idée de Dieu, il est inutile d'en chercher l'origine. Nous n'avons pas non plus l'idée de l'âme, mais la raison nous fait concevoir qu'il y a dans l'animal quelque chose qui le fait sentir et se mouvoir.

Réponse. Comme il y a une idée de Dieu, votre objection est renversée ; vous accordez que la raison nous fait concevoir l'âme, c'est ce que j'appelle en avoir idée.

VIII. Ce que l'astronomie démontre du soleil n'est pas une idée du soleil, il n'y a d'idée du soleil que celle qui nous est fournie par la vue.

Réponse. Tant qu'on ne voudra pas convenir avec moi de l'acception des termes, on ne me fera que des objections frivoles.

IX. Nous n'avons pas non plus d'idée de substance; comment d'ailleurs une idée pourroit-elle avoir plus de réalité objective qu'une autre? Peut-on être plus ou moins réftl ?

Réponse. J'entends par idée non pas seulement ce que les sens nous montrent, mais aussi ce que la raison nous fait connoître. Une chose n'est pas plus ou moins réelle, mais sa réalité est plus ou moins étendue.

X. L'idée que nous avons de Dieu se tire des objets extérieurs par le raisonnement ; elle n'est pas née en nous, car nous ne pensons pas dans le profond sommeil.

Réponse. Les objets extérieurs ne peuvent être les causes exemplaires de l'idée que nous avons de Dieu ; car il n'y a rien en lui qui leur ressemble. Quand je dis qu'une idée est née avec nous, je n'entends pas dire qu'elle est toujours présente à notre pensée, mais j'entends seulement que nous avons nousmêmes la faculté de la produire.

XL L'existence de Dieu n'est pas démontrée par celle de

moi-même en tant que j'ai l'idée de Dieu, puisque Dieu est inconcevable.

Réponse. Lorsqu'on dit que Dieu est inconcevable, on entend parler d'une conception qui le comprenne totalement et parfaitement.

XII. L'ignorance provient, sans aucun doute, de l'absence d'une faculté; mais il ne paraît pas qu'il en soit de même de l'erreur: la pierre ne peut errer, parce qu'elle n'a pas d'entendement; il semble donc que l'erreur procède d'une faculté positive.

Réponse. Pour faillir, il est besoin de la faculté de juger ; mais il ne s'ensuit pas que l'erreur soit quelque chose de positif ou de réel dans la faculté de juger, c'est seulement l'absence d'une perfection.

XIII. Il ne dépend pas de la volonté de savoir ou de croire les choses ; nous les croyons quand elles sont démontrées, que. nous le voulions ou que nous ne le voulions pas.

Réponse. Quand nous croyons une chose, nous ne pouvons pas ne pas vouloir la croire.

XIV. Si le triangle n'est en aucun lieu du monde, je ne puis comprendre comment il a une nature. L'essence n'est que par l'existence.

Réponse. L'essence et l'existence sont distinguées par tout le monde.

XV. Dieu peut- nous tromper quelquefois pour notre bien, donc il n'est pas certain que le monde matériel existe.

Réponse. Sans doute il peut nous tromper quelquefois ; mais il suffît que notre penchant à croire au monde matériel soit vrai, dans le plus grand nombre des cas/' pour qu'il mérite confiance.

XVI. Ne pouvons-nous pas rêver que notre songe se lie à notre vie passée, et cette illusion ne fera-t-elle pas évanouir la distinction que vous placez entre le rêve et la veille ? L'athée ne peut-il pas reconnaître qu'il veille par la mémoire de ses actions passées ? Donc, pour avoir cette connoissance, on nJa pas besoin de celle de Dieu.

FAITES CONTRE LES MÉDITATIONS, ETC. 15o

Réponse. Ce ne seroit qu'imparfaitement qu'on pourroit, en rêve, lier un songe à sa vie passée. L'athée peut reconnoître qu'il veille par la mémoire de ses actions passées, mais non d'une manière certaine, s'il ne sait pas qu'il a été créé de Dieu, et que Dieu n'est pas trompeur.

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