‹ Œuvres choisies de DescartesChapitre 29 sur 119 · REPONSES AUX QUATRIÈMES OBJECTIONS · texte numérisé non relu

REPONSES AUX QUATRIÈMES OBJECTIONS

1. Ce que je connoisen moi me suffiroit pour exister : je suis donc assuré que Dieu pouvoit me créer sans les autres choses que j'ignore, et que, par conséquent, elles n'appartiennent pas à mon essence. Pour établir une distinction réelle entre deux choses, il n'est pas besoin d'une connoissance complète, telle que cette connoissance est en Dieu; il suffit que nous les connoissions comme pouvant exister par elles-mêmes et indépendamment l'une de l'autre, ou, en d'autres termes, comme des substances, et c'est là ce que j'entends par choses complètes. De ce que l'âme et le corps sont distincts, il ne résulte pas que

l'homme soit un pur esprit; et j'ai établi que 'âme et le corps sont substantiellement unis. La pensée peut être troublée par les organes sans en être le produit. Quant à la question de l'âme des bêtes, je pense que le mouvement s'accomplit toujours dans les animaux, comme quelquefois en nous-mêmes, c'est-à-dire sans intervention de la raison, et seulement parce que les sens, frappés par les objets extérieurs, réagissent sur les esprits animaux.

il. En parlant d'idées fausses, j'ai voulu dire que quelquesunes peuvent induire le jugement en erreur; en disant que Dieu est par soi comme par une cause, j'ai entendu que la raison pour laquelle il n'a pas besoin de cause est une raison positive; cette raison est son immensité. La notion de l'existence de Dieu ne nous est pas nécessaire pour nous en rapporter à la clarté d'une idée, au moment même où cette idée est dans notre esprit, mais seulement pour admettre la conséquence d'un principe que nous avons oublié, et que nous nous souvenons d'avoir conçu clairement autrefois. Enfin j'ai affirmé qu'il n'y avoit rien dans l'esprit dont nous n'eussions connoissance, en ce sens que nous en connoissons toutes les opérations, mais non toutes les facultés.

III. Je reconnois les dangers du doute, la distinction qu'il faut établir entre la spéculation scientifique d'une part, et de l'autre les matières de la foi et la pratique de la vie. Les objets extérieurs n'agissent sur nos sens que par la superficie, et cette superficie n'est que la limite du mouvement des particules du corps ; quand une substance est mise en la place d'une autre, si ses particules se meuvent comme celles de la première, elle nous affectera de la même manière ; et voilà comment la substance étant changée, les qualités ou les accidents restent les mêmes, bien que ces accidents n'aient aucune substance particulière.

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