V. Vous ne vous connoissez pas par une pensée différente de
l'imagination : quand vous vous contemplez vous-même, vous vous représentez une substance pure, claire, subtile, qui se répand dans le corps ou du moins dans le cerveau ; les choses que vous concevez par l'imagination ne peuvent convenir, ditesvous, à la connoissance que vous avez de vous-même; et vous avez dit un peu auparavant que vous ne saviez pas encore si elles appartenoient ou non à votre essence.
VI. Il n'y a pas d'intellection qui ne soit une imagination, ni d'imagination qui ne soit une intellection.
VII. Si vous mettez la faculté de sentir parmi les modes de la pensée, le sentiment des bêtes est une pensée; or, comme leur âme est matérielle, celle de l'homme peut l'être aussi.
VIII. L'intellection que vous avez de la substance de la cire est une imagination, car vous ne pouvez dépouiller cette substance de toute étendue, de toute forme, de toute couleur; et si nous jugeons que sous les chapeaux et les manteaux il y a des hommes, rien ne prouve que ce soit l'entendement qui juge ici plutôt que la faculté imaginative : le chien, d'ailleurs, reconnoît son maître aux mêmes signes.
IX. Il ne s'agit pas de prouver que vous êtes, mais ce que vous êtes. Vous avez beau n'admettre rien en vous que l'esprit, et vous parlez néanmoins de la cire et de ses accidents, que vous ne pouvez connoître sans mains et sans yeux. Dire que l'esprit est une chose qui pense, ce n'est pas nous faire connoître la substance de l'esprit.
CONTRE LA TROISIÈME MEDITATION De Dieu ; qu'il existe.
I. Tout ce qui résulte de la clarté d'une idée, c'est quelle vous paroît ce qu'elle vous paroît. Les opinions des hommes sont différentes, et chacun conçoit clairement celle qu'il défend. Il faudroit trouver une méthode qui, parmi les choses clairement conçues, nous fît démêler les vraies d'avec les fausses.