‹ Œuvres choisies de DescartesChapitre 36 sur 119 · LETTRE DE M. DESCARTES A M. CLERSELIER, ETC · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DESCARTES A M. CLERSELIER, ETC

I. Mépris que l'on doit faire de l'approbation de la plupart des hommes. Le plus grand nombre des objections de Gassendi ne sont que des malentendus.

II. Il n'est pas impossible de renoncer à tous ses préjugés. On doit distinguer les notions d'avec les jugements : nous ne pouvons en effet nous défaire des premières; les seconds dépendent de notre volonté. En suspendant son jugement, on ne se revêt pas d'un nouveau préjugé; le doute n'établit pas la vérité, mais y prépare l'esprit*

III. Le jugement : Je pense, donc je suis, prononcé après examen, n'est pas un préjugé; il ne suppose pas la majeure : Tout ce qui pense existe; ce sont au contraire les propositions universelles qui dérivent des propositions particulières.

IV. La notion de la pensée n'est pas rejetée avec les préjugés; ceux-ci ne comprennent que des jugements.

V. La pensée, prise comme la chose qui pense, n'a pas besoin du corps pour exercer son action.

VI. Demander à la substance qui se connoît comme intellectuelle et non comme étendue, par. quel moyen elle sait n'être pas un corps, c'est demander à l'homme comment il sait qu'il n'est pas éléphant.

VII. Ma 'pensée n'est 'pas la règle de la vérité des choses pour autrui, ni même pour moi à l'égard des pensées confuses; mais il n'en est pas ainsi des pensées ou perceptions claires. Pour admettre les vérités de la foi elle-même, nous devons percevoir quelque raison qui nous persuade qu'elles ont été révélées; et pour nous en rapporter au jugement des autres, encore faut-il que nous percevions notre propre ignorance et la possibilité de leur supériorité sur nous.

VIII. Tout le monde a en soi quelque idée ou intellection de Dieu ou de la chose la plus parfaite que nous puissions imaginer, car autrement on auroit beau dire qu'on croit à l'existence de Dieu, ce seroit dire qu'on croit à l'existence de rien. Un esprit fini ne sauroit comprendre Dieu, qui est iniini, mais il peut l'apercevoir ainsi qu'on touche une montagne sans l'embrasser.

IX. Un seul qui comprend mes raisons mérite plus de foi que mille qui disent ne les pas comprendre, parce qu'un seul qui a vu prouve plus que mille qui n'ont pas vu.

X. L'étendue mathématique existe hors de notre esprit, ou bien tout ce que nous pouvons concevoir est également fictif et imaginaire; et nous n'avons plus qu'à renoncer à notre raison et à suivre les opinions des autres comme des singes ou des perroquets.

XI. Si les accidents réels peuvent agir sur les substances, à plus forte raison des substances peuvent-elles agir l'une sur l'autre.

XII. Éclaircissement des mots : prœcise tantum, distinguere et abstrahere.

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