X. On peut éclaircir l'idée de Dieu, mais non pas rien. y
ajouter. Me demanderiez-vous la forme de la marque à laquelle je reconnoîtrois un tableau d'Apelles ? Cette marque n'est-elle pas le tableau lui-même? Alexandre n'a pas besoin d'être bois et couleur pour qu'un tableau lui ressemble. L/ouvrage ressemble à l'ouvrier quand le peintre fait son propre portrait. J'ai dit que je concevois ma ressemblance avec Dieu, en même temps que je connoissois mon imperfection et ma dépendance, pour empêcher de croire que je voulois égaler la créature au Créateur. Si tous les hommes n'ont pas la même pensée de Dieu, c'est par la même raison que tous ceux qui ont la notion du triangle n'en remarquent pas cependant toutes les propriétés, et que peutêtre quelques-uns lui en attribuent de fausses.
Des choses qui ont été objectées contre la quatrième Méditation.
I. Nous participons du néant en ce qu'il nous manque plusieurs choses. Au lieu de chercher la cause finale, il faut s'attacher à la cause efficiente. De l'effet on peut remonter à Dieu; mais on ne doit jamais lui demander dans quelle vue il l'a produit. Si je n'eusse jamais fait usage de mes sens extérieurs, j'aurois eu de Dieu la même idée qu'aujourd'hui, seulement elle eût été plus claire.
II. Être sujet à l'erreur n'est pas une imperfection positive, mais une négation, tandis que la malice des citoyens dans votre comparaison est quelque chose de positif. Dieu ne nous destine point à des œuvres mauvaises, et il nous a donné une faculté déjuger qui suffit à ce peu de chose qu'il veut bien soumettre à notre jugement.
III. La volonté peut dépasser l'entendement, et c'est en cela que consiste l'erreur. Si vous jugez que l'esprit est un corps, ce n'est pas que vous le conceviez, mais c'est que votre volonté, entraînée par l'habitude, vous le fait juger ainsi. Dans votre prédilection pour la chair, je ne m'étonne pas que vous ne teniez pas compte de la liberté.
IV. Je crois avoir assez exactement enseigné la méthode qui nous apprend à discerner les choses que nous concevons clai-
rement de celles que nous croyons seulement concevoir avec clarté.
Des choses qui ont été objectées contre la cinquième Méditation.
I. Les essences des choses ont été établies par Dieu lui-même comme immuables et éternelles. L'essence du triangle n'a pas été tirée des choses singulières. Elle est pourtant conforme à la réalité, non pas qu'il existe des substances qui aient de la longueur sans largeur, mais parce que les figures géométriques sont les limites des substances : cela ne veut pas dire que les idées de ces figures nous viennent par les sens, car il n'y a point dans la nature de ligures régulières perceptibles.
II. Pourquoi ne voulez- vous pas que l'existence soit une propriété aussi bien que la toute-puissance ? L'essence et l'existence n'ont pas la même relation entre elles dans le triangle que dans Dieu; je ne mérite pas le reproche de n'avoir pas démontré l'existence de Dieu.
III. Il est inexact de dire que le doute qui s'attaque à Dieu s'arrête devant les démonstrations géométriques : les sceptiques ont douté de ces dernières, ce qu'ils n'auroient pas fait s'ils avoient eu une connoissance suffisante de Dieu. La différence de certitude entre deux vérités ne dépend pas du nombre de ceux qui connoissent l'une ou l'autre, mais de la préférence que donnent à l'une ou à l'autre ceux qui les connoissent toutes les deux.
Des choses qui ont été objectées contre la sixième Méditation.
I. L'intelligence duchiliogone n'est pas confuse quoique nous ne puissions l'imaginer; et on en peut démontrer plusieurs propriétés, ce qui ne se pourroit faire si on n'en connoissoit que le nom. Donc les facultés d'entendre et d'imaginer diffèrent de nature et non de degré.
II. Ne pas vouloir que nous soupçonnions de la fausseté dans les choses où nous n'en avons jamais rencontré, c'est s'appuyer sur ses préjugés.
ÏIT. Lorsque j'ai exclu le corps de mon essence, je n'ai pas voulu parler seulement de mon corps extérieur, mais de toute espèce de corps, si subtile qu'on la suppose.
IV. Les espèces corporelles ne sont pas reçues dans l'esprit; l'intellection n'en a pas besoin, et l'imagination s'y applique, mais ne les reçoit pas. En disant que l'esprit n'est pas étendu, je n'ai pas voulu expliquer ;ce qu'il est, mais seulement ce qu'il n'est pas. De ce que l'esprit est uni au corps, il ne s'ensuit pas qu'il soit étendu par tout le corps* et il n'a pas besoin pour mouvoir le corps d'être de la nature de ce dernier.
V. On ne doit pas comparer l'union du corps et de l'esprit avec le mélange de deux corps, ni s'imaginer que le premier ait des parties parce qu'il en conçoit dans le second, car s'il en étoit ainsi, pour concevoir l'univers, l'esprit devroit l'égaler en grandeur.
VI. Vous terminez pas un assez long discours qui ne me contredit en rien ; d'où l'on peut inférer qu'il ne faut pas mesurer le nombre de vos raisons au nombre de vos paroles.