‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 1010 sur 1244 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ISABELLE , LISETTE

LISETTE

Oh çà ! mademoiselle , expliquons-nous un pou ; Nous pouvons librement nous parler en ce lieu.

ISABELLE

Et sur quoi , s'il vous plaît?

Votre mère apaisée A vos tendres désirs parott moins opposée. Vous pouvez espérer d'épouser votre amant. Mais , loin de témoigner ce doux ravissement Que vous devez sentir sur le point d'être heureuse. Je ne vous vis jamais si triste et si rêveuse.

ISABELLE

H est vrai.

LISETTE

Vous vouliez le Comte pour époux; Son amour à vos yeux s'est signalé pour vous; Il vous a demandée; et cette âme si fière Vient déplier enfin.

HAMTJrT.il

Mais de quelle manière!

De ses soumissions la choquante froideur , Son souris dédaigneux, son air fier et moqueur, Son silence affecté , tout me faisoit comprendre Que son cœur jusqu'à nous avoit peine à descendre. Mon père, avec ardeur, sollicitoît pour lui; A peine de deux mots lui prétoit-il l'appui ; Et , sans votre crédit sur l'esprit de mon frère , Qui s'est servi du sien pour ramener ma mère , Le Comte a si bien fait , que tout étoit rompu. Pour cacher mon dépit , j'ai fait ce que j'ai pu. Mais plus de cet instant j'occupe ma pensée. Plus je sens que j'en suis vivement offensée. Pour un cœur délicat quel triste événement !

LISETTE

Si bien que votre amour est mort subitement?

Il est bien refroidi.

Parlez « N'entre-t-il point ici quelque peu d'inconstance?

ISABELLE

Vous me connoissez mal.

LISETTE

Oh ! que pardonnez-moi j

Page 1