LE GLORIEUX, ACTE V, SCENE III
Et s'il faut s'expliquer ici de bonne foi....
ISABELLE
Eh bien?
LISETTE
D'aucun roman , à ce que j'imagine , Vous ne pourrez jamais devenir l'héroïne.
ISABELLE
Croyez-vous m'amuser, quand vous me plaisantez ?
LISETTE
Je ne plaisante point , je dis vos vérités.
Le soupçon d'un défaut vous trouble et vous alarme.
Dès qu'il est confirmé , votre cœur se gendarme.
Trop de délicatesse est un autre défaut ,
Dont vous serez punie , et peut-être trop tôt.
ISABELLE
Mais pouvei-vous blâmer cette délicatesse ? Loin de me témoigner un retour de tendresse , Le Comte me désole à chaque occasion.
LISETTE
Quoi 1 pour un peu de gloire et de présomption! C'est là ce qui fait voir la grandeur de son âme. Il est fier à présent : mais devenez sa femme, L'amant fier deviendra mari tendre et soumis.
ISABEXLB.
Un espoir si flatteur peut-il ni'être permis? SCÈNE II.
ISABELLE, VALÈRE, LISETTE
LISETTE, àViltW.
Vouf voilà bien rêveur !
Et j'ai sujet de l'être.
Aux yeux de mon ami je n'ose plus paraître. J'ai servi son rival. Je ne puis m'empecher , Même devant vous deux , de me le reprocher. C'est une trahison dont j'êtois incapable, Si l'amour n'eût voulu que j'en fusse coupable.
LISETTE
Vous vous en repentez?
VALÈHE.
Je m'en repentirois.
Si je vous aimois moins. Mais enfin je voudrais Que vous déclarassiez le motif qui vous porte A marquer pour le Comte une amitié si forte.
1 LISETTE
Ce motif est très-juste; et quand vous l'apprendrez. Bien loin de m'en blâmer, vous m'en applaudirez.
VALÈBB.
Je le veux croire ainsi ; mais daignez m'en instruire
LISETTE
Je l'ignorais tantôt , et ne pouvois le dire. Je le sais à présent et ne le dirai point.
VALBBE.
Pourquoi vous obstiner à me cacher ce point? Quoi ! faut- il qu'un amant vous trouve si discrète ?
ISABELLE, à Vâlrtre
Mais c'est donc tout de bon que vous aimez Lisette?
VALEBB.
Je l'aime , et m'en fais gloire.
ISABELLE
Un tel attachement Prouve mieux que jamais votre discernement. Mais quel en est l'objet? Quelle est votre espérance?
LISETTE
Souffrez que là-dessus nous gardions le silence.
ISABELLE
J'y veux bien consentir, et me fais cet effort, Jusqu'à ce que l'on ait décidé de mon sort.
YALBBB.
Il est tout décidé.
ISABELLE
Juste Ciel!
VALÈBB.
Et mon père, Pour dicter le contrat , est chez notre notaire.
ISABELLE
Ma mère n'y met plus aucun empêchement?
VALÈBB.
Don ; et vous me devez un si prompt changement.