LE DISSIPATEUR, ACTE I, SCENE IV
On peut faire changer la cœurs les plus constants ; Et celui d'une femme est toujours variable.
FINETTE
J'en juge par le mien. Vous êtes fort aimable , Encor jeune, et d'un rang qui se fait respecter. À de moindres appas on se laisse tenter. D'ailleurs, quand l'intérêt parle pour le mérite, C'est rarement en vain qu'il presse et sollicite.
LE COMTE, rcmbrusdnl.
Tu me charmes, Finette; et si j'ai ton secours, J'espère te devoir le bonheur de mes jours.
Est-ce de bonne foi que vous aimez Julie? Là, parlez franchement.
LE COMTR.
Je l'aime à la folie , El j'entreprendrôis tout pour mériter son coeur.
Eh bien! il faudra voir jusqu'où va cette ardeur.
LE COMTÉ
Commençons par savoir si l'aimable Finette Voudra parler pour moi.
"■ «NETTE
Tout ee qui m'inquiète, C'est que, si je vous sers, je vous donne moyen De trahir votre ami.
LE COMTE
Bon ! cela ne fait rien.
Cléon est an ami si fou, si ridicule, Que l'on peut le berner sans le moindre scrupule.
FINETTE
Je eroyois, moi (jngezdema srmpHcité!), Que l'on devoit rougir de la duplicité : Que trahir son ami , c'é (oit faire un grand crime ; Et que rien n'assuroit plus de gloire et d'estime , Que de s'immoler même aux droits de l'amitié.
LE COMTE
'Morale surannée.
LE COHTE.
Cela fait pitié.
On suivoit autrefois cette fade méthode : Aujourd'hui les amis ne sont plus à la mode. Les hommes sont unis par le seul intérêt ; L'amitié n'est qu'un nom.
• PINETTB,
Cette mode me plaît -, Et de là je conclus, en dépit des scrupules, Que les honnêtes gens sont de francs ridicules. Il tous fut réservé d'éclairer ma raison. Que ne vous dois-je pn , monsieur, pour la leçon ! Mais venons donc au fait.
LBOOHTI.
Le fait est que j'adore Ta charmante jnaltrease ; et je dis piuseocor e : C'est que me voilà prCt à la servir en tont. Si de m'en mire aimer tu peux venir à bout.
Sans von) promettre rien , je ferai mon possible ; Hais, comme à l'intérêt elle est un peu sensible, Le moyen de gagner son inclination, C'est que vous nous aidiez à ruiner Cléon ; Je veux dire, monsieur, à placer dans nos coffres Son argent, ses bijoux....
LB COHTE.
Vous prévenez mes offres.
S'il ne tient qu'à cela , Julie est à moi.
FINETTE
Bon.
Je vais donc attaquer la bourse de Cléon. Secondez mon adresse , et ma reconnoissance Ne fera pas long-temps languir votre espérance. . Il vient ; sou venez- vous..,.
LE COHTE.
Je suis homme réel.