CIDALISE , CLÉOH , LE COMTE
CIDALI8B. [se;
Messieurs , la compagnie est complète et nombreu- Mais franchement sans vous je la trouve ennuyeuse; Et je Tiens tous chercher. Quel est donc le sujet Qui tous tient à ,1'écart?
ht COMTE.
, Nous formons un. projet.
cidaj.isk.
Quel projet?
LB COMTB.
Nous Touions tous marier.*
CIDALISE
CHlmerel
' LB COMTE
Pourquoi donc?;
CTDALISE.
Oh t pourquoi ! c'est que je désespère D'être unie à celui que je Toudrols avoir.
LE COMTE, bu à OéOn.
L'entendez-vous ?
CLBOIT.
(SCIdittM.) Fort bien. Vos yeux ont tout pouvoir.
CIDALISE
Point du tout. Jugez-en-, le seul homme que j'aime Aime une autre que moi. Mon malheur est extrême, Comme vous le voyez; et je puis vous jurer Que je le pleurerais, si je savois pleurer. Mais , ne le pouvant pas , je ris de ma sottise. Que je suis ridicule !
(Bile rit.)
' CLÉOH.
Ah! cessez, Cidalise,
De faire tant d'outrage à vos divins appas.
Vous , vous aitnez quelqu'un qui ne vous aime pasl
CIDALISE, riant encore plm tort.
Oui.
CLÉOH.
Quel est donc l'objet de ce joyeux martyre?
CIDALISE , prauuit un air plm sérieui.
Vousêtes l'homme àqui je voudrais moins ledire.
CLÉOH.
Vous le pourriez. Je suis un confident discret.
CIDALISE, d'an tir tendre.
A quoi vous servirait de savoir mon secret?
- cléoi» , virement.
A vous désabuser , à vous mire connoltro Quel'on vousaime plus que vous n'aimez, peut-être.
On pourrait me le dire , et je n'en croirois rien.
CLBOfl.
Pourquoi ?
Celui que j'aime est pris dans un lien Dont il ne peut sortir, je n'en suis que trop sure. C'est dommage, pourtant; car , au fond, la nature En nous formant tous deux forma la même humeur. Il aime le fracas ; je l'aime à la fureur. Il est gai, complaisant, libéral, magnifique; Je tous en offre autant. Égal , doux, pacifique; Ce sont mes qualités. Bien loin que l'avenir Occupe son esprit , il fait tout son plaisir De jouir du présent sans en craindre la suite : Morale qui me charme , et règle ma conduite. Beau joueur , bon convive , aimant à dépenser , Et prêtant son argent sans jamais balancer : Foiblesse d'un bon conir, d'une ame généreuse Qui cadre avec la mienne, et me rendroit heureuse. Enfin cet homme-là me ressemble si bien , Qu'en faisant son portrait je crois faire le mien.
LK COMTE
Oui , voilà de quoi faire un parfait assemblage.
ciDALISE, cd ruai.
L'entreprendrieZ'V ou s ?
C'est à quoi je m'engage, cm ALISE.
Chimère, encore un coup.
LE comte, piontrant OWon.
Voici ma caution.
CIDALISE
Monsieur vous répondra que l'homme en question Est si bien engagé qu'il n'ose s'en dédire.
cLÉon. [pire,
Vous vous trompez. Sur lui vous prenez tant d'em- Que, pour peu que vos yeux daignent ^encourager , Sous vos aimables Jois il viendra se ranger. ,
CIDALISE: tendrement.
Il se trompe , et jamais il n'aura ce courage.
CLÉOH, lui biiunt U main.
H l'aura , j'en réponds.
CIDALISE
Eh bien 1 qu'il se dégage, Et me rapporte un cour qu'il avoit mal placé , Et nous pourrons finir le projet commencé.
CLÉOU.
Voua loi promettes donc....
Oh! j'ai dit, ce me semble.
Tout oe qu'il mHott dire. Ajuatea-foua ensemble.
Vous pourrez bien, sans moi, poursuivre l'entretien. Vous avez de l'esprit , et vous m'entendez -bien. Sans adieu.