‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 1086 sur 1244 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

CLÉON, PASQTJIN, qui entre J no Ur afflige. CLEOH.

Que viens-tu m'annoncer?

, pàsouis.

Que vous êtes perdu. « Ce fripon d'intendant, pour consommer l'ouvrage, Avec tous vos effets vient de plier bagage,. Et n'a laissé chez lui que ce billet ouvert.

CLEOH.

Donne. Pour me trahir tout parott de concert.

Lisons. C'est à Grippon que ce billet s'adresse; IL est daté de Brest, et ceci m'intéresse : Peut-être est-ce à mes maux un doux soulagement. Ah ! qu'il vient à propos en ce fatal moment!

( il "t. ) « Voici pour votre maître une triste nouvelle :

■ Le vaisseau qui pour lui rapportait un trésor,

■ Par une aventure cruelle ,

■ Vient de faire naufrage en approchant du port. » Tous les malheurs sont donc enchaînés sur ma tête ! Et mon dernier espoir périt dans la tempêtel Mer barbare et perfide autant que mes amis I Que vais- je taire? 0 Ciel ! ,

FÀSQUIW.

Me serait-il permis De vous dire deux mots?

CLSOK.

Dis-lui que je la prie De payer tous mes geng, et de les renvoyer.

PASQD1N , HDgtottoL

L'affaire est faite , on vient de les congédier.

CLEOH.

Et toi?

FASOCIN.

Je ne sais point ce que l'on me destine ; Mai», qu'on aie chamou non, mon psurre cœur l'obtlino A ne vous point quitter; et , jusques à la mort , Je suis bien résolu de suivre votre sort.

CS.ÉOH.

Que feras-tu de moi? Je suis nn misérable.

PASQDW.

Le peu que je possède....

CLBON.

Ah ! ce trait-là m'accable.

Voilà le seul ami qui me demeure. «Ingrats! Et cet exemple-là ne vous confondra pas I Va-t'en; laisse-moi seul au fond du précipice. Donne-moi ce fauteuil ; c'est le dernier service Que j'exige de toi. * ,

PASQUIS, 1ml balunt 11 nuln.

ftkm cher maître 1

CLEOH.

Va, sors, Et tu m'obligeras. '-

CLEON, M croyant seul ; JULIE , nul entre doucement et qui écoute.

CLEON , M Jeuni dam un fauteuil.

Inutile remords , Pourquoi nie tourmenter ? O raison trop tardive ! Que ne prévenols-tu le malheur qui m'arme ! Je suis abandonné , trahi , déshérité ; Et, pour comble de maux , je l'ai bien mérité. Compter sur des amis; quelle étoit ma folie ! Je leur pardonne à tous; mais vous, mais vous, Julie! Vous que j'ai tant aimée, et que j'adore encor, Pouvez-vous me livrer aux rigueurs de mon sort ? C'est là ce qui me tue. Une musse inconstance A-t-elle mérité cette horrible vengeance ? Les fureurs d'un amant par vous-même abîmé Devroient -elles?.... Jamais vous ne m'avez aimé ; L'effet confirme trop un si juste reproche. Jouissez de ma mort , je la sens qui s'approche.

(Uurennépée.) Qu'elle vient lentement ! Il faut ta prévenir ; Et , grâce à ma fureur, mes tourments vont finir.

( Il root M frapper. ) JULIE, .le retenant.

Que faites-vous, Cléon?

CLBON'. *

O Ciel 1 c'est voua , Julie !

C'est vous qui m'empêchez de m 'arracher la vie! Pourquoi ce soin ? Songez qu'il ne me reste rien.

JULIE

Ingrat ! vous avez tout , puisque j'ai votre bien.

Lorsque «ouï m'accusiez d'une Sme intéressée, Quenepouviez-vouslifcaufond de ma pensée!

J'ai tâché de vous perdre , afin de vous sauver. Et vous ai tout ravi pour voua le conserver : A votre aveuglement c'était le seul remède. Vous êtes maître encor de ce que je possède : [sport; Mou cœur, mon tendre cœur vous l'offre avec tran- II ne saurait, sans vous, goûter un heureux sort. Vous êtes le seul bien qu'il estime, qu'il aime; Il vous rend tout le vôtre, et se livre lui-même: Recevez-le , Cléon , en recevant ma foi ; Vivez heureux , content, et vives avec moi.

CLÉON, Mjebmtaui pied* de Jolie.

Adorable Julie , ah ! vous me percez l'âme 1 Ici, que de vertu dans le cœur d'une femme! Elle méfait mourir de honte et de regret.

JULIE

Levez-vous ; grâce au Ciel , j'ai trouvé le secret De guérir vos erreurs , de vous rendre à vous-même. Et de vous faire voir à quel point je vous aime. Allons trouver mon père; instruit de mon dessein. Il va vous assurer et mon cœur et ma main : Votre oncle en est charmé. Mon frère rentre en De nos divisions la discorde se lasse; [grâce.

Un ciel pur et serein nous présage un doux sort , Et la tempête enfin nous a mis dans le port.

CLÉON , lui donnant la iniin. [vrage.

Mon. repos, mon bonheur, sont votre heureux ou- Pour comble de bienfaits , vous m'avez rendu sage ; Et je vais éprouver, dans les plus doux liens , Qu'une femme prudente est la source des biens.

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