LE BARON , ANGÉLIQUE
LB BABOB.
Oh çàJ ma fille, parlet-moi naturel! «Déni : je m'aperçois, depuis quelques joura , que vous {tes triste et rêveuse ; sans doute que tous regrettez le séjour de Paris, où tous avez été élevée jusqu'à la mort de votre tante. Je nuis charmé, je l'avoue, de l'éducation que fra ma sœur vous y a donnée; mais
jft crains fort que cela ne soit causette votre malheur : car enfin voua êtes destinée a vivre à la can> pagoe, et la vie qu'on y mène est bien différente de celle de Paria.
AHGBL1QUB.
Hélas!
LB BABOB.
Voilà un bêlas qui me fuit voir que j'ai deviné juste. Tu t'ennuies ici , ma pauvre enfant.
ANGÉLIQUE
Non, mon père, je ne m'y ennuie turs, etee séjour auroit mille agréments pour moi , si l'on m'y laissoit disposer de moi-même; mais à peine suis-je arrivée, qu'on parle de me marier, et avec qui? avec un provincial. Que dia-je? un provincial; an campagnard, et, qui pis est, on campagnard bel esprit. Quelle société pour une fille comme moi, élevée dans le grand monde, et accoutumée au commerce des gens de la cour et de Paru , les pins polis et les plus spirituels 1
LB BABOB.
Je te le disois bien , ma pauvre fille ; l'éducation qu'on t'a donnée te rendra malheureuse. Tu aa trop d'esprit et de perfections pour ce pay*-ci.»»
ANGÉLIQUE
Eh! pourquoi voulez- vous donc m'y attacher ?
LB BABOK-
Moi ! je ne veux rien ; c'est ma femme qui veut.
ANfiBUQDB.
K'etes-vous pas le malt» ?
IcW-ec >,G00g[C
LS BABON.
Oui , corbleu ! je le suis.
ANGÉLIQUE
Hais ma mère tous engage toujours à être de son
BïiS.
LE BABON.
Je n'ai point honte de l'avouer : c'est une femme d'un mérite prodigieux, d'une raison et d'un jugement au-dessus de son sexe; une femme qui m'aime à l'adoration , quoiqu'il y ait vingt-cinq ans que nous soyons mariés.
ANOBLI QUK.
Ah ! s'il m'étoit permis de vous parler naturellement!
■ LE BABON.
Eh bien! que me dirois-tu?
Angélique.
Que ma mère abuse de votre facilité.
LE BABON.
Et en quoi, s'il vous plaît?
ANGÉLIQUE
En ce qu'elle vous fait rompre un mariage trèsavantageux , que ma tante avoit ménagé pour moi à Paris, et vous force à me faire épouser un personnage qui ne me. convient en aucune façon.
LE BABON.
Corbleu 1 madame votre mère a raison- Ce Léandre dont vous êtes coiffée n'est point du tout votre fait. Sera-t-il dit qu'un petit gentilhomme, qui n'a que trois cents ans de noblesse, épousera la fille du baron de Vierabois, tandis que monsieur des Masures, le « lus bel esprit du Poitou , s'offre 1 vous épouser ? C'est une alliance digne de moi votre mère et de vous. Vous savez quelle est notre délicatesse sur la naissance. Il y a quatre cents que dans ma famille nous sommes gueux de père en fils, pour n'avoir pas voulu nous mésallier; et je refuserois peur mon gendre le plus riche parti deFraniTeouinepourroit pas me prouver que ses ancét»cs«nt marché aux premières croisades.
ANGÉLIQUE
Quel entêtement ! Le mérite se mesure-t-il à 1' cienneté des familles? Pour moi , je pense bien différemment; je ne trouve là vraie noblesse que dans le coeur et l'esprit : d'ailleurs, Léandre est bon gentilhomme.
LE BABON.
Vous le croyez fort noble parce que vous l'aii
ANGÉLIQUE
Oui, je l'aime, je ne m'en défends poirft. Ha tante m'avoit prévenue en sa faveur, et il répondoit parfaitement à l'idée qu'elle m'avoit donnée de lui. Ah! mon père, sonCfrires-votis qu'on m'arra-
che à ce que j'aime, pour me Sacrifier à ce que je l'aimerai point ?
LE BABON.
Ne te désespère pas , mon enfant; tù verras aujourd'hui monsieur des Masures, et je te réponds qu'il te charmera.
ANGÉLIQUE
Et moi, je voua réponds qu'il me paraîtra tel qu'il est , c'est-à-dire le plus suffisant , le plus fat et le plus ridicule de tous les hommes.
LB BABON.
Vraiment , voilà un beau portrait que vous faites de votre futur mari! Eh ! qui vous l'a dépeint de la sorte?
ANGÉLIQUE
Tous ceux qui le connoisseut.
LB BABON.
Et moi, je vous dis qu'il fait l'admiration delà province. .
ANGÉLIQUE
C'est- ce qui fait que je ne l'admirerai point. S vous saviez quelle différence il y a entre les beaux esprits de campagne et ceux de Paris!,., mais il n'est point question de cela. Généralement parlant, tout homme qui fait son capital du bel esprit a souverainement le don de me déplaire; à plus forte raison un provincial entiché de ce ridicule.
LE BABON.
Ouais! mademoiselle de Viéuxbois, vous êtes bien délicate! Comment faut-il donc qu'un homme soit fait pour vous plaire ?
ANGÉLIQUE
Comme Léandre. Qu'il soit honnête, homme, qu'il ait vécu dans le monde, et qu'il ait acquis cette politesse , ces manières aisées , nobles et gracieuses , qui ne tiennent rien de la sotte présomption, du ridicule et de l'affectation de la plupart des gens de province.
LE BABON.
Ah! si.votre mère voua entendoit raisonner de la sorte!....
ANGÉLIQUE
Aidez-moi à la désabuser de monsieur des Mazures. Je me jette à vos genoux pour obtenir cette grâce, et' je me flatte que vous ne me la refuserez pas. ' ,' "
LE* BABON. .
Je vous aime, ma fille, et je ferai de mon mieux pour que l'on ne force point vos inclinations.
ANGÉLIQUE
Daignez dire quelques mots en faveur de Léandre.
LE BABON.
Hais je ne le connois que de réputation. S'il étoit ici , je soutiendrais mieux sa cause.